« Le cours de Culture générale de Macron était déjà culte »

« Le cours de Culture générale de Macron était déjà culte »

Tout a déjà été dit sur Emmanuel Macron : sa jeunesse, la littérature, sa grand-mère, le théâtre, Brigitte, etc. Tout a tellement été dit, même le plus abracadabrantesque : comptes cachés, aventures secrètes, soutien du Qatar. Sa fiche Wikipedia grandit d’heure en heure. Il faut dire qu’il fascine une grande partie des français. Et pour cause, l’ascension est fulgurante et à 39 ans il pose ses cartons à l’Élysée, le sourire Colgate en plus. Des milliers d’articles et de pages lui sont consacrées. Les médias français et la presse internationale scrutent déjà ses premiers pas.

Moi je vais juste vous parler de l’Emmanuel Macron que j’ai connu à Sciences Po. Comme prof.  En 2006, alors que je suis assidûment les cours de « prep » (comprendre la PrepENA), c’est lui qui vient dispenser avec son collègue, Sébastien Hua, à la brillante carrière lui aussi, le fameux cours de culture générale. C’est LE cours de « culture gé » où l’on se presse : le « Macron et Hua » comme on disait. L’amphi Boutmy était plein à craquer. Il faut dire qu’Emmanuel Macron était brillant. Quand il débarquait on sentait bien qu’il se passait un truc. Jeunes filles ou jeunes garçons, il était impossible de ne pas reconnaître qu’il avait du charme. Car c’était un séducteur.

Wikipédia nous dit que ‘’la séduction désigne, en sciences sociales, un procédé visant à susciter délibérément une admiration, attirance, voire l’amour d’un ou de plusieurs individus. Le mot est dérivé du latin seducere, signifiant littéralement « tirer à l'écart »’’. Emmanuel Macron possédait déjà cette capacité à vous « tirer à l’écart ». Il donnait l’impression de s’adresser à vous, en particulier. C’est exactement ce que disent les collaborateurs, les journalistes, les syndicalistes et toutes les personnes qui ont croisé sa route. Un sourire qui ne quitte pas son visage quand il vous parle et le sentiment qu’il veut vous convaincre, vous. Et ça marche.

Mais être dans le registre de la séduction ne suffit pas à gagner une élection présidentielle. Emmanuel Macron aimait aller à la rencontre des gens. Après l’amphi, il se rendait disponible pour répondre aux questions des étudiants qui se pressaient autour de lui. Il faut dire qu’il avait de quoi fasciner. Encore plus pour le gamin de province que j’étais, qui avait grandi en banlieue et qui n’avait pas reçu le bagage de la grande culture française en héritage. À l’époque où j’ai atterri dans son cours de culture générale, Emmanuel Macron avait déjà un DEA de philosophie et était sorti de l’ENA depuis deux ans. Pas n’importe où. Dans les grands corps, à l’IGF. Macron était déjà entouré d’un mythe pour beaucoup d’entre nous qui rêvions de devenir des grands commis de l’État.

Mais c’est aussi en arrivant dans son cours, après des études dans ce que l’on avait coutume d’appeler, avec un certain mépris, les IEP de province, que j’ai compris le fossé culturel qui me séparait de cette « élite », heureusement républicaine, sur-éduquée et surdiplômée. Emmanuel Macron synthétisait, pour beaucoup de mes camarades et moi, l’archétype parfait du jeune haut fonctionnaire : cultivé et ambitieux comme on aime se les figurer. Mais il avait ce supplément d’âme qui manquait cruellement à la masse des « technos » : il était transgressif. Dans son sourire, dans sa bonne humeur, dans son charme. Dans ses cours, dont les titres étaient évocateurs « la pauvreté est-elle une menace pour la société ? », « l’esprit républicain est-il malade ? », on sentait déjà une forme d’engagement, le tout avec des références issues de la littérature, de la philosophie ou de la poésie. Il maitrisait cet ethos propre aux élites françaises, celles qui sont justement aujourd’hui vertement critiquées.

C’est vrai qu’Emmanuel Macron aurait pu agacer. Il avait tout. Et il semblait que cela s’était fait avec une facilité déconcertante. Mais ce que l’on aurait pu prendre pour de l’arrogance se transformait vite, en réalité, en de la bienveillance. Cette bienveillance, c’est sans doute ce dont notre pays aura cruellement besoin dans les prochaines années. Il lira peut être ce billet alors je ne résiste pas, à lui raconter une histoire. Au 3ème siècle, un certain Macrin, né dans l’actuelle Algérie, gravit petit à petit les échelons de l’administration fiscale, avant d’entrer dans le cercle des plus riches sénateurs romains et de finir Empereur. Il aurait commandité l’assassinat de son prédécesseur Caracalla. Dans son Histoire de la Gaule sous l’administration romaine (1847), Amédée Thierry raconte que dans ses fonctions « Macrin se conduisit dans cette place difficile avec une droiture qui lui mérita l'estime de tous ». Je suis sûr que l’homme de culture qui a participé à ma formation intellectuelle saura sourire, avec un brin d’ironie, à ce clin d’œil de l’histoire. 

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