L'infiltré - Une neurasthénie présidentielle

L'infiltré - Une neurasthénie présidentielle

Émile a inauguré une nouvelle rubrique qui donne la parole à un infiltré. Cette semaine, il s'introduit au Palais de l'Elysée pour nous raconter la vie de François Hollande depuis l'annonce de sa non-candidature à la présidentielle de 2017... 

Depuis quelques semaines, ceux qui le rencontrent lui trouvent le teint pâle, le regard absent, l'air ailleurs. Il écoute, il interroge, il prend des notes mais manifestement le cœur n'y est pas. 

Jacques Attali, en ancien sherpa du Président Mitterrand et fidèle visiteur du soir de tous ses successeurs, est sans doute un des meilleurs observateurs de l'activité élyséenne. Pour lui, le constat est clair : le Président déprime. 

Comment pourrait-il en être autrement ? En annonçant qu'il renonce à se représenter, François Hollande a créé une situation inédite et même absurde : un Président en pleine possession de ses moyens assiste, silencieux et impuissant, à la montée au pouvoir de son successeur. 

On dirait une pièce de Beckett, un Beckett plus noir que jamais, une pièce intitulée: "En attendant Marine..."

Bien sûr il lui reste quelques réflexes. Quand Daniel Goldberg, le député d'Aulnay-sous-Bois, l'appelle pour lui proposer de venir au chevet de Théo, victime de violences policières, à l'hôpital, il n'hésite pas une seule seconde. 

Dans la voiture du retour, pas malheureux de l'impact de sa visite sur les réseaux sociaux, il murmure tout bas : "Ah les cons... s'ils m'avaient laissé faire... Je suis certain que j'aurais pu la gagner cette élection... Quand je vois Fillon..."

Quelle idée d'avoir renoncé ! Chaque jour qui passe, François Hollande se demande ce qui a bien pu le pousser à ne pas se représenter.

Il s'en veut et répète sans cesse : "Et si j'annonçais finalement ma candidature ? Compte tenu des circonstances... Pour empêcher Marine de gagner... Il faudrait bien qu'ils en tiennent compte..."

Les derniers conseillers encore présents au Château écoutent d'une oreille distraite les regrets présidentiels, inquiets surtout de ne pas avoir encore trouvé de points de chute pour eux et lui glissent en copie les derniers sondages qui ne montrent aucune embellie de popularité. 

Alors, quand l'humeur tourne, le dimanche soir, le Président s'en va chez son Premier ministre car la compagnie de Bernard Cazeneuve est devenue un refuge pour François Hollande depuis les attentats.

En secret, mais sans scooter, il a pris l'habitude de venir dîner le dimanche soir à Beauvau. Il le fait également à Matignon, sans prévenir les services de sécurité, à l'impromptu. 

François Hollande déteste prévenir. Il appelle : "Bernard, tu es seul ?" et il débarque. Les deux hommes partagent un plateau de charcuteries et de fromages et se racontent les moments drôles de la semaine, comme deux potes qui ont besoin d'un petit remontant.

L'humour les unit depuis longtemps et Bernard Cazeneuve maîtrise à la perfection l'art des imitations. Quand il fait Laurent Fabius, le Président rit beaucoup...

Parfois, le dîner s'élargit. On invite les épouses, les conjointes, les amis. Serge Moati fait partie de ceux-là. L'assemblée est toujours drôle. On rit, on boit un peu, on danse même parfois...

L'autre soir au moment de partir, François Hollande  s'arrête sur le pas de la porte et garde la main de Moati dans la sienne. Il a l'air grave :
" Serge, j'ai une question à te poser avant qu'on se sépare...
- Bien sûr François. Dis-moi...
- Qu'est-ce qu'il avait de plus que moi ?
- Qui ça ?
- Mais, enfin... Mitterrand !"

En cherchant une réponse intelligente, les idées viennent à Moati d'un documentaire sur la jalousie en politique, sur l'histoire du socialisme, sur la trace de ces deux François dans l'Histoire...

Il voudrait avoir sa caméra en main. Il voudrait retenir cette image, la filmer en gros plan, comme il aime... Il voudrait interroger Hollande plutôt que d'être obligé de lui répondre. Il pense à son père et au père de Hollande qui détestait Mitterrand.

Soudain, une idée lui vient : "Il croyait aux forces de l'esprit, lui."

François Hollande lâche sa main et s'en va. Plus déprimé que jamais...

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