L'infiltré - Un plan B nommé Macron

L'infiltré - Un plan B nommé Macron

A TRAVERS LES COULOIRS DES PALAIS DE LA RÉPUBLIQUE, JE CIRCULE PARMI MES SEMBLABLES, SOUVENT D'ANCIENS SCIENCES PO ATTIRÉS PAR LES LUMIÈRES DE LA POLITIQUE. JE SUIS UN INFILTRÉ AU COEUR DU POUVOIR, J'EN CONNAIS TOUS LES CODES, TOUS LES USAGES. 

C'est comme si le temps politique avait trouvé une nouvelle unité de mesure.

Depuis le début de l'affaire Fillon, on ne compte plus en minutes, en heures ou en jours. On compte en numéros du Canard Enchaîné.

A chaque mercredi, jour de parution de l'hebdomadaire dit satirique, les révélations s'accumulent et l'addition s'allonge.

C'est sans doute la raison pour laquelle le candidat de "la droite et du centre" a demandé à ses soutiens de "tenir encore quinze jours", soit deux numéros du Canard Enchaîné.

Cette phrase semblait laisser entendre l'inverse de ce qu'elle voulait dire : "rassurez-vous les amis, dans deux semaines tout sera fini." Étonnant acte manqué qui marquait le passage de la détermination à la résignation.

Finalement, le plus étonnant dans cette affaire Fillon, ce n'est pas qu'il soit tombé.

On finit toujours par être puni par là où l'on a péché, François Fillon le sait bien. "Du sang et des larmes", c'était son axe de campagne. Eh bien celui qui proposait le plus de sacrifices aux Français allait devoir se sacrifier lui-même.

Non, le plus étonnant dans cette affaire, c'était que les statuts de la primaire n'avaient pas prévu de plan B.

Aucun suppléant désigné. Aucune procédure d'impeachment imaginée. Même la mort n'avait pas été prévue. Comme si la primaire était un gage d'immortalité.

Comment faire ? Qui choisir ? C'est la question qui hantait cette semaine les couloirs de l'Assemblée.

Pendant que les policiers cherchaient désespérément le contrat de travail de Pénélope, dans les bureaux voisins on s'organisait.

Juppé, amer deuxième de la primaire, fut le premier à dire qu'il ne serait pas un candidat pas de "repêchage". On parla d'un coup de pied de l'âne, ce qui pour Juppé était franchement désobligeant.

Les amis de Nicolas Sarkozy s'étaient quant à eux réunis en secret mardi soir pour évoquer la suite. "On n'en a plus pour longtemps avec Fillon, il faut trouver quelqu'un".

Leur champion étant lui-même empêtré dans quelques menues affaires, certains émirent le souhait de s'adresser à celui à qui Nicolas Sarkozy avait dit vouloir confier Matignon.

Un plan B comme Baroin, cela avait le mérite de la simplicité. Et puis, on ne pourrait jamais accuser Michèle Laroque d'emploi fictif à l'Assemblée nationale, elle venait de renouer son histoire d'amour (sur les planches) avec Pierre Palmade. Sitôt dit, sitôt fait, la réunion terminée, le nom de domaine baroin2017.fr fut déposé.

Mais Laurent Wauquiez, pour qui ne pas être distancé est le principe de toute une vie, une vie d'engagement au service des autres bien sûr, avait lui aussi eu la même idée. Ainsi naquit wauquiez2017.fr.

Pour Copé et NKM ou Le Maire, les choses étaient plus simples. Leur candidature aux primaires leur avait déjà permis d'avoir un nom de domaine, à défaut d'un électorat.

Quant à Xavier Bertrand, il observait, silencieux, du haut du plus haut de ces Hauts de France, cette agitation soudaine et laissait ses proches rappeler aux journalistes parlementaires qu'il était le seul, jusqu'à maintenant, à avoir défait Marine Le Pen en combat singulier.

En vérité, chacun faisait la même analyse : "face à Macron, il faut un jeune". Il était temps de se rendre compte que le jeune ex-ministre de François Hollande mordait à droite.

Certains commençaient même sérieusement à le penser : et si le vrai plan B de "la droite et du centre" c'était lui, Emmanuel Macron ?

À mesure que les révélations s'accumulaient, les offres de service se multipliaient. Ici, un conseiller régional UDI. Là, un ancien ministre de Sarkozy.

Jamais Richard Ferrand, ci-devant député socialiste et désormais secrétaire général d'En Marche !, n'avait eu autant d'amis à droite. Sa messagerie en était pleine et il la montrait à qui voulait la voir.

Dutreil, Arthuis, Minc, Debré... c'était l'embouteillage, la place de la Concorde à cinq heures du soir.

Comme disait Mitterrand, "en France, quand on dit qu'on est ni de droite, ni de gauche, c'est qu'on est de droite."

Ils avaient raison ceux qui prétendaient voir en Macron un nouveau Giscard.

Jeune, charismatique, perfectly fluent, l'ancien ministre de l'économie et nouvel ami des puissants avait tout pour lui.

Et on imaginait déjà, chez ses jeunes communicants, une cérémonie de vœux originale où le nouveau Président nous aurait souhaité une bonne année 2018 au coin du feu avec Brigitte, notre nouvelle Anne-Aymone.

Ah... la politique... quel éternel recommencement ! Il faut décidément que tout change pour que rien ne change.

Restait à savoir qui pourrait jouer cette année le rôle du faiseur de roi. En 1974, Chirac avait embarqué avec lui 43 parlementaires gaullistes pour faire la victoire de VGE et obtenir un ticket d'entrée pour Matignon.

Cette année encore, les prétendants ne manquaient pas. Qui sait, il (ou elle) avait peut-être déjà déposé son nom de domaine.

L'infiltré - Un hologramme de campagne

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