L'infiltré - La possibilité d'une île

L'infiltré - La possibilité d'une île

Les chefs de guerre ne se reposent jamais. Toujours ils attendent de gagner de nouvelles positions, de nouveaux territoires.

Manuel Valls avait beau avoir revêtu sa plus belle tenue de camouflage avec treillis kaki et peintures sur le visage de rigueur, on sentait bien depuis quelques semaines qu'il préparait un coup. L'offensive était imminente, cela ne faisait plus guère de doute.

Après avoir juré pendant le dernier débat qui l'opposait à Benoît Hamon qu'il respecterait le vote issu des primaires de la "Belle alliance populaire", il avait commencé à prendre ses distances en annonçant qu'il ne parrainerait pas le candidat socialiste.

Benoît Hamon déclinant irrémédiablement dans les sondages au profit de Jean-Luc Mélenchon, il se résolut cette semaine à sortir de l'ornière où l'avait plongé son départ de Matignon pour porter un coup fatal à son concurrent de gauche.

Au petit matin, chez Jean-Jacques Bourdin, l'opération commando prit forme et il annonça qu'il voterait "en cohérence" pour Emmanuel Macron.

Ah la cohérence... Éternelle justification des trahisons...

Il faut dire qu'il n'était pas à un revirement près lui qui, encore Premier ministre, avait expliqué au Président qu'il était décidé à se présenter contre lui s'il ne renonçait pas.

Ceux qui ont encore en mémoire les derniers congrès socialistes savent qu'il n'en est pas non plus à son coup d'essai.

Ils se souviennent notamment du soir de 2008 où, après le Congrès de Reims qui avait vu s'affronter Ségolène Royal et Martine Aubry, Manuel Valls avait appelé à l'insurrection contre son propre parti depuis la maison de l'Amérique latine, à deux pas de Solférino, tel le dernier des guevaristes du boulevard Saint-Germain.

Ainsi, le quarteron de vallsistes, rassemblés ce mercredi matin à la buvette de l'Assemblée, était plus que jamais résolu à en découdre avec les anciens frondeurs devenus désormais légitimistes et à accoster en force au pays du macronisme triomphant. Ce petit matin de printemps devait être le leur.

Infiltré parmi eux, je les entendais développer une théorie intéressante en prenant avec eux des airs de conspirateur.

"Les législatives et la presidentielle ça n'a rien à voir. Tu comprends, Macron c'est bien joli mais il va avoir besoin de nous pour les législatives. Il va avoir besoin de candidats crédibles et nous on est sur le terrain. Les gens nous connaissent."

Oubliant un peu vite qu'un nouveau président (surtout si jeune, surtout si inexpérimenté) veut toujours se débarrasser des oripeaux du passé, ils rêvaient à haute voix d'un retour de balancier qui conduirait à faire de Manuel Valls l'imam caché de la future majorité parlementaire. Le mot de cohabitation fut même prononcé.

Rien d'étonnant car on me dit que Nicolas Sarkozy fait le même rêve avec François Baroin comme premier ministre...

Malheureusement pour eux, la réponse ne se fit pas attendre. En garçon bien élevé qu'il est, Emmanuel Macron remercia poliment en prenant soin d'ajouter immédiatement qu'il n'avait besoin de personne.

Depuis Solférino, les mutins essuyèrent à leur tour les bordées d'injures de la maison mère, un Parti socialiste plus que jamais en perdition.

Lancée par ses partisans avec l'assurance de participer à ces moments qui font l'Histoire, l'expédition vallsiste venait d'échouer lamentablement et plutôt que le D-Day, ce fut plutôt la Baie des cochons pour Manuel Valls.

Toujours protéger son île, c'est la ligne de défense à laquelle Emmanuel Macron essaie de tenir. Surtout ne jamais se laisser annexer : ni de droite, ni de gauche.

Les frêles embarcations peuvent toujours s'approcher de ses cotes. Elles peuvent même mouiller au port. Rien de plus.

Un jour, on annonce le ralliement de Le Drian, un autre celui de Perben. Lui reste stoïque, indifférent à l'afflux de nouveaux amis.

C'est à peine s'il a aperçu le canot des Tibéri qui tentait de se maintenir à flots aux abords du 5ème arrondissement de Paris en distribuant des tracts En marche !

Le regard perdu au loin, plus habité que jamais, il s'époumone, il s'enflamme, il crie au vent et à la mer son désir d'être le roi de l'île.

Pour Emmanuel Macron, tout est son île, même la Guyane !

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