Le chiffre qui dérange - Les élites et le peuple

Le chiffre qui dérange - Les élites et le peuple

83,7% des Français sont d’accord avec la proposition suivante : les élites politiques ignorent les problèmes du peuple. Le secrétaire général du CEVIPOF, Madani Cheurfa (promo 99), décrypte ce chiffre.

Cette enquête a été réalisée sur la base d’un échantillon représentatif de la population française, constitué de 18.013 personnes, interrogées entre le 2 et le 7 décembre 2016. La question qui leur a été posée est la suivante : êtes-vous d’accord (tout à fait ou plutôt), ni d’accord ni pas d’accord, pas d’accord (plutôt pas ou pas du tout) la proposition selon laquelle les élites politiques ignorent les problèmes du peuple ?

Ce chiffre donne une mesure d’un trait caractéristique de l’opinion française que le CEVIPOF a saisi depuis plusieurs années : un divorce entre les gouvernants et les gouvernés. Ce pourcentage interpelle par son niveau : plus de 8 personnes interrogées sur 10 estiment que les élites politiques ignorent leurs problèmes. Ce n’est plus une relation qui serait élastique entre les élites politiques et le peuple faite de rapprochement et d’éloignements successifs, il s’agit bien d’un lien rompu.

Cette mesure révèle un apparent paradoxe. D’un côté, les Français s’intéressent à la politique et à l’élection présidentielle. De l’autre, ils rejettent les élites politiques. Ils entretiennent donc un rapport ambivalent à la politique, entre intérêt et répulsion : ils s’intéressent à la politique mais ils rejettent le politique.

Ce sentiment contre les élites politiques est diffus dans toutes les couches de la population. On observe, par exemple, peu de différences liées au genre. Ce chiffre est de 82,8% chez les femmes et de 84,5% chez les hommes. Il y a peu de différences selon l’âge, la catégorie socioprofessionnelle, la proximité partisane ou le positionnement politique. En revanche, des distinctions apparaissent selon le niveau de diplôme. Ce chiffre est de 84,3% chez les personnes sans diplôme ou ayant un niveau CEP, il est de 78% chez les titulaires d’un bac+4 ou les diplômés d’une Grande école. On reste malgré tout sur des niveaux élevés.

Une autre distinction se fait jour lorsque l’on pose la question : « comment vous en sortez-vous avec les revenus de votre ménage ? ». 90,6% des personnes disant s’en sortir très difficilement considèrent que les élites politiques ignorent les problèmes de la population, contre 75,7% de ceux s’en sortant très facilement. Malgré ces quelque 15 points de différence, les niveaux de réponse contre les élites politiques restent hauts.

Comment expliquer ce chiffre ? D’autres données d’enquêtes du CEVIPOF montrent que les élites politiques n’apparaissent plus comme ayant des devoirs et des responsabilités par rapport au peuple, mais surtout comme bénéficiant de droits et de privilèges. Le lien est rompu, mais plutôt que de faire resurgir les discours sur une trahison des élites politiques, ne devrait-on pas considérer, aujourd’hui, que cette crise politique serait devenue le mode ordinaire de fonctionnement de notre démocratie ?

Retrouvez l’Enquête électorale du CEVIPOF sur le site www.enef.fr 

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