Eric Thiers : "Macron veut revenir aux sources mystiques de la Ve République"

Eric Thiers : "Macron veut revenir aux sources mystiques de la Ve République"

Dans une interview accordé à La Vie, Eric Thiers explique comment Emmanuel Macron investit le champ symbolique du gaullisme depuis son élection. Eric Thiers est chercheur associé au Cevipof et membre du comité de rédaction de la revue Pouvoirs. Depuis quelques mois, il est aussi le président du groupe Affaires publiques de Sciences Po Alumni. 

Quel message envoie Emmanuel Macron en accueillant Vladimir Poutine à Versailles autour d’une exposition consacrée au tsar Pierre le Grand ? 

À travers cet événement, on peut déceler la volonté du Président de renouer avec un temps long que symbolise Versailles, une histoire française et sa culture. On peut aussi y voir le souhait de s’inscrire dans une histoire plus récente, celle de la Ve République, synthèse de l’Ancien Régime et de la Révolution. Le général de Gaulle organisait, au Grand Trianon et dans la galerie des glaces, des dîners d’État suivis parfois d’opéras. Lors du G7, en 1982, François Mitterrand y avait reçu tous les grands de ce monde pour signifier que malgré l’alternance, il s’inscrivait dans une continuité historique qu’il assumait comme telle. 

Assiste-t-on au retour de la figure du monarque républicain ? 

Non, il s’agit davantage d’une volonté de retour aux sources philosophiques de la Ve République. Quand des sociétés sont en crise, elles reviennent, comme par réflexe, à leurs fondamentaux. Nos institutions, qui existent depuis près de 60 ans, en font partie. Et qu’est-ce que la Ve République ? Selon la formule du général de Gaulle en 1964, dans une célèbre conférence de presse, une Constitution c’est un esprit, des institutions et une pratique. L’esprit de 1958, c’est évidemment un exécutif fort, un parlement rationalisé et la possibilité d’en appeler au peuple. Mais il s’y niche aussi l’idée de quelque chose de spirituel, d’une mystique institutionnelle axée autour de l’idée, très profonde je crois, de la réconciliation. 

Ce recours à une telle charge symbolique est-il aussi stratégique ? Peut-il permettre à Emmanuel Macron d’aborder avec plus d’autorité les chantiers lourds, comme la réforme du code du travail ? 

Au début de la campagne, les commentateurs voyaient dans la jeunesse de ce candidat un obstacle. Comment un « à peine quadra » pouvait-il devenir président de la République ? On l’a décrit comme cherchant à endosser les habits « jupitériens » du président de la Ve République. Mais c’est oublier qu’aujourd’hui le chef de l’État doit aussi revêtir la tunique d’Hermès, dieu de la communication. Et surtout il doit répondre à une demande d’horizontalité de la part des citoyens. Il n’empêche : adresser des signaux symboliques à la société est essentiel. Elle les attend... 

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