Bernard Rullier - Le fidèle

Bernard Rullier - Le fidèle

D’eux, on ne sait pas grand-chose finalement. Leur rôle est de conseiller, dans l’ombre, le président de la République. Leurs attributions évoluent souvent dans le temps, confrontées à la dure et éprouvante réalité politique et présidentielle. Émile dresse le portrait de quatre conseillers, qui sont restés fidèles à François Hollande jusqu’à la fin de son mandat, et qui ont eu des dossiers importants à gérer tout au long de ce quinquennat. Parler d’eux, c’est une façon de rentrer dans le cercle restreint du pouvoir élyséen.

« Je me suis dit : ça sera lui. » Le 22 avril 2002, au lendemain de la défaite de Lionel Jospin dès le premier tour, Bernard Rullier a l’intime conviction que François Hollande est son successeur naturel. Dix ans plus tard, il est élu président. Entre temps, Bernard Rullier l’a soutenu et accompagné sans faillir. Nommé conseiller parlementaire à l’Élysée, on l’installe dès le lendemain de l’investiture de François Hollande dans les bureaux de l’hôtel de Marigny, splendide bâtiment voisin du palais de l’Élysée, qui servit longtemps de résidence aux hôtes étrangers.

Ce poste de conseiller semble taillé sur mesure pour cet administrateur du Sénat, passé par le cabinet de deux ministres des Relations avec le Parlement et ayant exercé pendant des années la fonction de secrétaire général du président du groupe socialiste au Sénat. Pourtant, la fonction de conseiller parlementaire à l’Élysée n’a rien d’une évidence. « Elle n’existait pas dans l’organigramme sous Giscard d’Estaing, Mitterrand ou même Chirac, car les relations avec les parlementaires étaient réservées au Premier ministre. C’est Sarkozy qui provoque la rupture », explique Bernard Rullier. « Avec le quinquennat, le raccourcissement du temps politique a engendré une nécessité de proximité entre le président et les parlementaires. » Mais cette proximité, assumée par Nicolas Sarkozy qui réunissait dans la salle des fêtes de l’Élysée quelques centaines de députés et sénateurs, a été critiquée par François Hollande lors de la campagne de 2012. Il n’est donc pas question de réitérer ce type de grand-messes, même si le président socialiste reçoit tout de même de petits groupes de parlementaires au château.

Au quotidien, Bernard Rullier doit informer le président sur l’avancement des réformes suivies par le Parlement et sur l’état d’esprit des députés et sénateurs. Il rédige également des notes sur un certain nombre de questions institutionnelles et rencontre régulièrement les équipes de Matignon et du ministère des Relations avec le Parlement. Avec de telles attributions, il est en première ligne lorsqu’éclate la crise des frondeurs. « C’est allé très loin dans la fronde puisqu’à deux reprises le 49.3 est utilisé avec des menaces de motion de censure dans une configuration inédite où des parlementaires de gauche étaient prêts à la déposer avec des parlementaires de droite, mais ils se sont toujours arrêtés juste avant. » Bernard Rullier fait partie de l’équipe de « prévisionnistes » qui avant chaque vote important sonde les députés pour savoir s’il existe une majorité en faveur du texte. « Par exemple, juste avant le vote solennel de la loi Macron, nous prévoyions une marge de 10 voix. Manuel Valls, estimant cette marge trop faible et incertaine, a eu recours au 49.3. »

Avec du recul, Bernard Rullier qualifie le quinquennat de François Hollande « d’extraordinairement compliqué ». « La situation économique et sociale était plus dégradée qu’on ne pouvait l’imaginer et nous étions moins préparés que nous aurions dû l’être », confie t-il. Des décisions difficiles ont donc été prises pour redresser le pays, ayant eu pour conséquence « une lente dislocation de l’unité de la majorité ». « Finalement je ne pouvais que le constater sans pouvoir l’éviter. Je ne pouvais pas aller voir chaque député frondeur pour le convaincre, ce n’était pas mon rôle », regrette-t-il. « Le minimum que j’ai fait était de maintenir des relations cordiales avec tous les députés, quel que soit leur vote, en toutes circonstances. »

Malgré l’intensité de la crise, la fronde n’est pas le souvenir le plus marquant de ces cinq années passées à l’Élysée. Ce sont les attentats, « une tragédie qui ne s’oublie pas ». Et plus particulièrement leur conséquence parlementaire, le Congrès de Versailles. Avant même que la décision ne soit officiellement prise, Bernard Rullier pressent qu’un Congrès sera organisé, « c’était la seule réponse face à un tel événement », assure-t-il. Il participe évidemment à son organisation et se souviendra toujours du discours du président le 16 novembre, face à un parterre de parlementaires quasiment au complet qui se lèvent à la fin, applaudissent et entament la marseillaise a capella. Souvenir plus joyeux de ce quinquennat ; le vote définitif du mariage pour tous. « À l’issue d’une bataille parlementaire très dure, voir tous les députés socialistes se lever et scander spontanément “égalité” était un moment très émouvant. »

Après cinq ans à l’Élysée, Bernard Rullier envisage de se lancer à l’assaut des urnes, en se présentant aux législatives. Pour ce spécialiste du Parlement, le temps est peut-être venu de passer de l’autre côté du miroir et de s’assoir (enfin) sur le banc des députés dans l’hémicycle.

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