Portrait - Paul Delouvrier, Le grand serviteur

Portrait - Paul Delouvrier, Le grand serviteur

Résistant, grand commis de l’État, professeur à Sciences Po, président d’EDF… Retour sur la carrière riche et multiple de Paul Delouvrier (1914 – 1995).   

Il y a d’abord le résistant, au contact du réseau Noyautage des Administrations Publiques, qui prend le maquis à l’été 1944 dans la forêt de Fontainebleau avec un peloton de gardes républicains, pour accueillir sur un aérodrome de fortune le Général de Gaulle, dans le au cas où les Alliés feraient obstacle à son entrée dans Paris. Il se console de leur bienveillance en libérant Nemours. 

Il y a ensuite l’inspecteur des Finances. L’Etat peut-il directement ou indirectement exercé une influence sur les taux d’intérêt ? Sa composition pour le diplôme en Finances publiques vaut à Paul Delouvrier 18,25 et le commentaire suivant : « Exposé contenant de très bons éléments, et dénotant beaucoup de connaissances acquises et de réflexion »

Il est l’un des symboles de ce que permet Sciences Po au XXème siècle pour un enfant de la classe moyenne. Né dans les Vosges, fils de directeur d’agence bancaire, Paul arrive rapidement, grâce aussi à l’effet de la Libération, au sommet. Directeur de cabinet de René Mayer, ministre des Finances en 1947, il met en œuvre le plan Mayer qui stabilise les finances de l’après-guerre. Il devient ensuite un collaborateur de Jean Monnet, qui l’a apprécié au Plan, et qui le recrute à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. Le père de l’Europe est l’un de ses grands hommes, ce qu’il concilie sans états d’âme avec le patronage du général de Gaulle. 

Le nouveau président en fait, en 1958, son délégué général en Algérie. Pour assumer la complexe politique algérienne du chef de l’état, il faut un haut fonctionnaire fidèle, et le lancement du plan de Constantine justifie le choix d’un économiste. Delouvrier sert fidèlement jusqu’en 1961. Puis, quand la marche vers l’indépendance parait inéluctable, il est rappelé en France.

Une autre mission attend en métropole Paul Delouvrier. Survolant en hélicoptère la banlieue parisienne, le Général lui aurait dit « Delouvrier, mettez-moi de l’ordre dans tout cela ». Il devient alors Préfet en charge de l’aménagement de la région parisienne : schéma directeur, réseau express régional, villes nouvelles, création de départements, l’heure est à la transformation. Il s’achète une décapotable américaine et visite l’Ile-de-France dans ses moindres recoins. 

L’Etat en héritage

Avant la retraite, les honneurs et les sinécures arrivent, la présidence d’EDF en 1969, puis celle de l’Etablissement public de la Villette et celle de l’Association des anciens élèves de Sciences Po. Paul Delouvrier y est devenu après-guerre un enseignant de premier plan. Son grand cours d’économie pratique, la Politique économique de la France, donne sa singularité à l’enseignement de la Rue Saint-Guillaume, où il décrit de l’intérieur de l’Etat les choix de politique, approuvant sans réserve les dispositions du plan Mayer… et appelant à un Etat fort pour un franc fort, jusqu’à ce qu’il soit entendu.

A la tête des alumni et d’EDF, Paul Delouvrier organise le transfert de l’hôtel de la rue de la Chaise, concédé par la ville de Paris, de la société parisienne d’électricité à l’Institut d’Etudes Politiques. L’Année Préparatoire peut quitter le site de Dauphine, et regagner le giron du VIIème arrondissement. Il reçoit ensuite le président Pompidou, autre grand ancien, pour fêter dignement, au théâtre des Champs-Elysées, le centenaire de l’Ecole en 1971. 

S’il faut à toute histoire une morale, retenons de cette figure un triple train : la carrière exemplaire d’un homme qui, s’il a des opinions et des fidélités, se refuse à entrer en politique pour mieux servir l’Etat ; le rôle de Sciences Po, pépinière de ces grands serviteurs auxquels sont transmis les valeurs et le sens de l’Etat ; l’investissement dans la défense de l’Ecole : l’heure n’est plus, ou pas encore, au mécénat privé, mais les hauts fonctionnaires au pouvoir veillent à ce que l’IEP vive et que l’autonomie et la qualité intellectuelles de la formation des futures élites de la Nation, et d’abord de l’Etat, soient assurées.

Par Emmanuel Dreyfus (SP 91), agrégé d’histoire et auteur d’une thèse sur : « L’enseignement de l’économie à Sciences Po, 1945-1989. Idées économiques et formation des élites. » 

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