La politique des professeurs

La politique des professeurs

De la chaire au maroquin, un siècle de va et vient

Si Sciences Po attire naturellement les étudiants qui rêvent de politique, l’école du pouvoir peut aussi donner des idées à ses professeurs. On peut distinguer trois modèles et trois temps.

André Siegfried

André Siegfried

La tour d'ivoire

L’Ecole libre des sciences politiques sous la III° République a pour projet plutôt de former les élites de l’administration et des affaires, à l’écart et à l’abri d’un pouvoir politique changeant. Les hommes politiques sont rarement des hauts fonctionnaires, et l’obtention d’un mandat électifentraîne l’abandon du cours ou de la conférence de méthode. Cependant, si des professeurs s’intéressent à la science de la politique, c’est souvent par un fructueux dépit : André Siegfried confessait que c’était son échec à quatre élections législatives qui l’avait conduit au professorat et à l’étude des déterminants du vote dans son Tableau Politique de la France de l’Ouest.

Raymond Barre

Raymond Barre

Le tremplin

La V° République fait évoluer ce modèle. Les enseignants hauts fonctionnaires se mettent à devenir ministres. La même ambition peut s’éveiller chez un professeur de métier. Raymond Barre, professeur d’économie politique  l’université de Caen, avait été remarqué lors de son épreuve d’agrégation par Jean-Marcel Jeanneney, professeur à la Sorbonne. Ce dernier devenu ministre de l’industrie, recrute le premier comme directeur de cabinet. Le gouvernement Debré fini, l’universitaire Raymond Barre enseigne à Sciences Po le grand cours d’analyse économique. Sa réputation de meilleur économiste de France vient de là, qui après la vice-présidence de la commission européenne, et le ministère du commerce extérieur lui vaudra d‘être appelé en 1976 à Matignon. Il y fondera en 1981 l’OFCE, rattaché à Sciences Po et confié à Jean-Marcel Jeanneney, alors retiré de la vie politique. En 1988 il est candidat à la présidence de la République.  Ce modèle crée des émules : citons les politologues Hélène Carrère d’Encausse et Olivier Duhamel, un temps députés européens, avant de devenir respectivement secrétaire perpétuel de l’Académie Française et président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Dominique Reynié, tête de liste aux élections régionales, l’économiste Jacques Généreux, candidat aux élections européennes et régionales, l’historien Jean-Noël Jeanneney, deux fois secrétaire d’état.

Dominique Strauss-Kahn

Dominique Strauss-Kahn

Le refuge

Une dernière période s’ouvre à la fin des années quatre-vingt-dix, avec l’extension de l’école, de son corps professoral, de son ambition et de sa communication. Une chaire peut alors servir de refuge à un homme politique ancien Sciences Po dont la carrière connaît des revers judiciaires, mais dont le destin politique ne semble pas fini. Dominique Strauss-Kahn, démissionnaire après l’affaire de la MNEF revient ainsi à son premier métier, l’enseignement de l’économie, mais à Sciences Po. Alain Juppé, inéligible à cause des affaires liées au financement du RPR, inspecteur des finances, se voit confier un cours sur l’administration de l’Etat.

Par Pascal Cauchy et Emmanuel Dreyfus (promo 91)

Aux origines de Sciences Po

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1995 - 2012 : les campagnes électorales de Nicolas Dupont-Aignan

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