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D'un mot - Maire

Député à l’Assemblée nationale puis au Parlement européen, conseiller personnel de François Hollande, conseiller régional de Bretagne, mais surtout… maire de Quimper pendant 18 ans. Bernard Poignant est un briscard de la politique, particulièrement attaché à la mairie, cette « maison de la République ».


Maire - Définition

Premier magistrat de la commune, élu par le conseil municipal parmi ses membres pour exécuter les décisions du conseil, représenter la commune et exécuter sous l’autorité du préfet des fonctions d’agent du pouvoir central.

(Source : CNRTL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales)


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Tout candidat à une élection vit sa joie s’il gagne et éponge ses larmes s’il perd. Dans le premier cas, il doit maîtriser sa victoire pour éviter l’arrogance, dans le second, il doit surmonter sa défaite pour éviter le découragement. Mais une élection ne ressemble pas à une autre. Le mandat sollicité auprès des électeurs n’a pas la même charge affective.

Si un nouvel élu entre pour la première fois dans l’hémicycle du palais Bourbon, il est saisi par l’histoire du lieu. Il pénètre dans le temple historique de la démocratie. S’il entre dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg, il est pris par l’histoire des peuples européens. Il sait que ce lieu incarne la paix sur le continent.

Il y a une troisième émotion : c’est la mairie. La maison de la République. Le maire est aussi agent de l’État, donc garant en son sein des lois de la République. À l’exception des grandes villes, le bâtiment est simple, souvent étroit, parfois le seul équipement accueillant des services publics. Flotte à son fronton le drapeau tricolore, associé à ceux de l’Europe et de la région. La devise y est inscrite pour rappeler notre idéal.

Car être maire, c’est évidemment gérer, c’est-à-dire fournir l’eau potable, évacuer les eaux usées, enlever les déchets, accueillir les enfants à l’école s’il y en a une, délivrer les autorisations d’urbanisme… et tout le reste !

Mais être maire c’est plus que cela, car avec les cinq lettres de ce mot, on écrit aussi le verbe aimer. La première condition pour assurer cette fonction, c’est d’aimer sa commune et les habitants qui y vivent. Ils doivent sentir que vous les aimez même quand ils vous contestent – et ils ne s’en privent pas ! Gérard Larcher, le président du Sénat, dit que le premier magistrat est « à portée d’engueulades ». C’est exact. Mais il est aussi à portée de solutions, voire de consolations. Contrairement aux présidents de conseils départementaux et régionaux qui habitent rarement le chef-lieu de leur assemblée, et encore moins les parlementaires.

Voilà pourquoi on parle fréquemment du maire comme exerçant un mandat « sacerdotal », fait de dévouement et de désintéressement. C’est vrai pour les quelque 35 000 communes de l’Hexagone. Les maires sont l’un des piliers de la charpente civique du pays. Et avec eux, des centaines de milliers de conseillers municipaux. Sont-ils trop nombreux ? On l’entend. Serions-nous plus heureux s’ils l’étaient moins ? Pas sûr. Mon pari : les « municipes » auront la vie dure et les maires la vie longue.