Émile Magazine

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Chloé Ridel, (re)bâtisseuse socialiste

Haut fonctionnaire, féministe et écologiste, Chloé Ridel (promo 14) est devenue porte-parole du PS en mars 2023. Après avoir pesé dans le débat public avec l’association Mieux Voter et l’Institut Rousseau, elle se lance dans la reconstruction de la gauche.

Par Loraine Bourget et Ismaël El Bou-Cottereau

À 12 ans, Chloé Ridel, intriguée, entend parler de Sciences Po à la Star Academy, à travers l’évocation des études de la candidate Anne Thibault. À 15 ans, elle délaisse TF1 pour le canal 13 de la TNT, collée devant les débats parlementaires de LCP.  Bac en poche, elle rejoint les bancs de la rue Saint-Guillaume en 2009. 

Pourtant, la jeune Chloé Ridel n’était pas prédestinée à la politique – ni à l’ENA, qu’elle a préparée six mois avant les concours. « Le choix de Sciences Po, c’était moi et moi-même », nous assure-t-elle. À la maison, ses parents ne sont que très peu politisés et son entourage gardois « méfiant » vis-à-vis de l’État. Elle n’hérite d’aucun cadre idéologique, alors elle le construit elle-même, loin des structures partisanes. En 2018, elle fonde l’association Mieux Voter, pour promouvoir une réflexion collective sur des modes de scrutin alternatifs, « plus démocratiques ». Rapidement, l’idée d’un vote au jugement majoritaire, qui consiste à classer les différentes options en leur attribuant diverses mentions, séduit. Elle est notamment reprise par la mairie de Paris pour le vote de son budget participatif et, en 2022, par la Primaire populaire. Pour un résultat mitigé dans le dernier cas. 

En 2020, l’énarque de 31 ans crée, avec Nicolas Dufrêne, l’Institut Rousseau, le think tank autoproclamé de « la reconstruction écologique et républicaine ». Celle qui, « comme beaucoup de [s]a génération », ne se retrouve plus dans la gauche morcelée, le revendique : l’Institut Rousseau, « c’était la Nupes avant la Nupes ! ». À la soirée de lancement, ils sont 600, ces socialistes, écologistes, communistes et insoumis qui partagent l’envie de « se mettre d’accord ».  

Celle qui se définit comme « écosocialiste » a toujours fonctionné « à l’instinct ». Alors, quand l’union de la gauche finit par voir le jour, au printemps 2022, elle franchit enfin le pas et se lance en politique, rejoignant le Parlement de la Nupes. 

En mars dernier, le PS lui propose de devenir porte-parole du parti. Chloé Ridel est pourtant loin d’être une socialiste « canal historique » : elle a voté Mélenchon en 2012 et 2017 – on ne saura pas pour 2022, les positions internationales de l’insoumis l’ayant sans doute refroidie. « J’attendais l’union de la gauche depuis des années. Le PS est une force parlementaire qui se distingue dans les débats de fond et qui a un logiciel écologiste ; je suis venue au socialisme par l’écologie, explique-t-elle. Au départ, j’avais peur de perdre ma liberté de parole. Dans les faits, ce n’est pas le cas : je n’ai pas l’impression de me censurer. Parler au nom d’un collectif donne aussi de la force. »

Après avoir planché sur une « garantie à l’emploi vert », contrepoint intéressant au revenu universel, au sein de l’Institut Rousseau, écrit un essai sur les crises européennes (D’une guerre à l’autre, Éditions de l’Aube, 2022), Chloé Ridel devra participer à la refondation de la doctrine du PS, astre mort dont on a bien peu entendu les propositions entre 2017 et 2022.  Tout en restant haut fonctionnaire en poste en ministères. 

Sur les suites de son engagement politique, elle reste évasive. Un éventuel mandat électif à l’échelon local ou européen ? « Je ne peux rien dire à ce stade. On verra », élude-t-elle, laconique.


Ce portrait a été initialement publié dans le numéro 28 d’Émile, paru en juin 2023.