Les Sciences Po soutiennent Alain Juppé et François Fillon

Les Sciences Po soutiennent Alain Juppé et François Fillon

La conférence-débat organisée par Sciences Po Alumni le 7 novembre était en grande partie consacrée à la question des primaires. S’agit-il d’un véritable outil démocratique ou d’un « gadget politique » ? Pascal Perrineau, Yves Thréard, Géraldine Muhlmann et Jérôme Sainte-Marie ont débattu sur le sujet. L'occasion également de dévoiler les résultats de notre sondage. 

A quelques jours du premier tour de la primaire de la droite, le sujet est d’une actualité brûlante. Émile a d’ailleurs choisi de sonder la communauté des Sciences Po en lançant un sondage sur son site. En une semaine, 444 personnes y ont participé. 

A la question « Pour quel candidat irez-vous voter à la primaire de la droite et du centre ? », 32% ont répondu Alain Juppé, qui arrive donc en tête. En revanche, contrairement aux sondages nationaux, le deuxième homme de la campagne est François Fillon avec 29% des voix. Nicolas Sarkozy n’arrive qu’en cinquième position avec 8%, derrière Jean-Frédéric Poisson (9%) et Nathalie Kosciusko-Morizet (15%). Bruno Le Maire obtient 6% et Jean-François Copé, un petit 1%.  

Précision : Ce sondage a été réalisé en ligne et n'a pas de valeur scientifique.

Outil démocratique ou « gadget politique » ? 

Le politologue et sondeur Jérôme Sainte-Marie a déjà livré à Émile un décryptage très complet sur les primaires. Pendant la conférence, il a rappelé que les primaires sont un produit d'importation venu des Etats-Unis et passé par l'Italie. 

Jérôme Sainte-Marie souligne que la population qui « s’apprête à voter à la primaire de la droite ne ressemble ni à la société française ni même aux électeurs de droite et du centre». Les retraités et les très diplômés seront surreprésentés. Il ajoute : 

"Les deux forces dynamiques de cette campagne (le FN et Jean-Luc Mélenchon) ne sont pas des forces qui organiseraient des primaires en leur sein. Les partis qui marchent électoralement aujourd’hui n’ont pas recours à cette ingénierie électorale. A l’inverse, ils proposent une identité électorale extrêmement forte."

Le seul avantage perçu par Jérôme Sainte-Marie est que la primaire devrait prévenir une candidature dissidente à droite. « Ça a donc une utilité pratique énorme ! »

Le journaliste et éditorialiste Yves Thréard a de son côté un avis encore plus tranché. 

« Je suis un farouche opposant aux primaires, qui est un gadget politique »
— Yves Thréard

Yves Thréard s’appuie sur les conséquences de la précédente primaire de la gauche pour anticiper l’échec de celle de la droite :

"Le gagnant de la primaire de la gauche est celui qui fait la synthèse. Mais la synthèse dure six mois à peine, ensuite très vite on voit qu’entre Monsieur Montebourg et Monsieur Valls il n’y a rien de commun. Comment voulez-vous qu’après ils se retrouvent au gouvernement et que ça puisse fonctionner ?"

Pour l’éditorialiste, le système de la Ve République (la rencontre d’un homme/une femme et un peuple) se suffit à lui-même : « le premier tour de l’élection présidentielle constitue à lui seul une primaire ».

Avec ou sans primaire, le problème reste le même : les partis ne parviennent plus à dégager un leader naturel, constate Géraldine Muhlmann, professeure de science politique. « Regardez ce qui s’est passé entre Ségolène Royal et Martine Aubry pour arriver à la tête du PS puis la même bataille de chiffonniers s’est produite entre François Fillon et Jean-François Copé ». Au-delà de la question des primaires, c’est donc « la crise des partis qui estgravissime ».

« Si le général de Gaulle avait vu le mécanisme des primaires, il se dirait : ce n’est plus la Ve République »
— Pascal Perrineau

Le politologue Pascal Perrineau rebondit sur les propos d’Yves Thréard concernant les institutions de la Ve République, mais rappelle que la rencontre d’un homme et d’un peuple, ça n’a marché qu’une seule fois. « Dès Pompidou, en 1969, c’est le retour des partis dans la sélection des candidats », précise-t-il. 

« Les partis ont mis la main sur le mécanisme de l’élection présidentielle et d’une certaine manière, peut-être que les primaires vont desserrer l’étau des partis », poursuit Pascal Perrineau. « En 2007, primaire semi-ouverte, ce n’est pas du tout la candidate prévue qui est investie par la gauche. Martine Aubry, présidente du PS, n’est pas élue. Et là, est-ce que Nicolas Sarkozy, président du parti, sera élu ? Peut-être pas ».

En revanche, l’organisation de primaires accroît le coût de la politique et prolonge la durée des campagnes. « C’est épuisant ! On va avoir un an de campagne. »

Enfin, Pascal Perrineau conclut son propos en mettant en avant la forte demande de démocratie participative de la part des citoyens :

"Faute de mieux, les primaires répondent à cette demande. Regardez le taux d’audience des deux premiers débats, c’est gigantesque ! 2,9 millions de personnes sur BFM et iTELE." 
Les meilleurs tweets - Deuxième débat de la primaire

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