Tribune - Internet, une chance pour l’éducation?

Constance Bommelaer de Leusse (promo 03) est depuis 2006 Directrice des politiques publiques à l'Internet Society. Cette ONG internationale créée en 1992 par Vint Cerf, l’inventeur de l’Internet, a pour objet de promouvoir et coordonner le développement et l’usage des réseaux numériques dans le monde. Dans cette tribune, elle nous explique les bénéfices que pourrait avoir internet sur l'éducation. 

  Photo  Artem Sapegin  

Comme le soulignait récemment Jean Michel-Blanquer, avec le déploiement de l’Internet des objets et la montée en puissance du Big Data, nous sommes actuellement au coeur d’une révolution industrielle qui bouleverse l’économie, le management et l’éducation. Ces changements s’accompagnent d’immenses opportunités mais aussi de défis à relever. La récente étude de l’Internet Society sur le Futur de l’Internet fait notamment apparaître que « les changements entraînés par l'automatisation sur le marché du travail généreront une anxiété considérable à court terme, car les gens s'inquiètent de l'avenir du travail et se demandent s'ils ont les compétences nécessaires pour réussir dans la nouvelle économie. » Pour s’assurer que l’Internet soit une chance pour l’éducation, une vision claire et des politiques inventives sont plus que jamais nécessaires.

Des processus cognitifs qui bouleversent l’enseignement

Par opposition au passé où le savoir était détenu par un nombre restreint, l’Internet a permis de décentraliser l’accès à l’information au niveau global[1] C’était d’ailleurs sa raison d’être à l’origine puisqu’il a été créé pour permettre aux chercheurs de différents pays d’échanger leurs travaux plus facilement. Avec la mise en réseau globalisée, les contraintes physiques ont disparu ; l’information et la formation, notamment via les MOOCS[2] sont aujourd’hui devenues accessibles à tous.

Un nouveau mode d’apprentissage s’est développé, celui du « many-to-many », par opposition au « one-to-many » propre au modèle scolaire traditionnel. L’Internet permet en effet l’émergence de nouvelles communautés d’échange de savoirs. Wikipedia, l’encyclopédie co-créée par des milliers de personnes, en est l’exemple le plus connu. Cette disponibilité de la connaissance provoque également des évolutions pédagogiques importantes. La classe inversée, par exemple, propose aux élèves de se retrouver avec l’enseignant, devenu animateur, pour échanger, voire créer du savoir ensemble. La matière aura été étudiée en autonomie, avant le cours, via des contenus numériques dynamiques. L’entraide entre élèves pendant le travail est une autre approche novatrice. Dans des circonstances plus extrêmes, l’accès à Internet par le Wi-fi peut aussi permettre l’accès à une forme de scolarité pour des populations migrantes ou privées d’école après une catastrophe naturelle.

Que faut-il apprendre et comment?

Mise à part la forme, c’est le fond de l’enseignement qui doit s’adapter pour former des citoyens aptes à maîtriser un monde digital, peuplé d’intelligence artificielle. Au-delà des matières dites scientifiques, classiquement regroupées sous l’acronyme STEM par le MIT, les humanités restent essentielles. En effet, c’est grâce à elles que nous développons notre sens analytique et critique face à l’abondance, parfois déstabilisante, des contenus numériques. Cette capacité à maîtriser l’information, à savoir y accéder sans difficulté mais aussi à exercer notre jugement, constitue « l’alphabétisation numérique ».

Cette nouvelle éducation vise à permettre d’évaluer la valeur de contenus en ligne, à déceler les « fake news », à se protéger contre le harcèlement en ligne et éviter les pièges de la cybercriminalité. Des objectifs pédagogiques recommandés par un nombre croissant de chercheurs, dont Divina Frau-Meigs, professeur à La Sorbonne Nouvelle au sein de la Chaire Savoir Devenir de l’UNESCO. Singapour, qui est en tête du dernier classement PISA des élèves de l’OCDE, offre un exemple intéressant en la matière. Au-delà d’exploiter les technologies de l’information dans le curriculum des élèves, les enseignants de toutes disciplines sont systématiquement formés à un usage raisonné et responsable des nouvelles technologies de l’information et de la communication [3]. 

Enfin, avec l’impact de l’automatisation et de l’intelligence artificielle sur le travail, il est important que les apprentissages numériques interviennent tout au long de la vie, du primaire à la formation continue des adultes. La Grande Ecole du Numérique, qui a déjà validé 400 formations depuis sa création en 2015, est un exemple de politique efficace favorisant l’inclusion de milliers de professionnels sur le marché du travail. Pour sa présidente, Samia Ghozlane, l’Internet peut être une véritable chance pour l’éducation : «Le numérique doit être vu comme une opportunité, pour rebattre les cartes de la formation notamment». 


[1] Neil Selwyn, Professeur en Sciences de l’Education à l’Université de Monash, Australie: The Internet and Education, https://www.bbvaopenmind.com/en/article/the-internet-and-education/

[2] MOOCS: Massive Online Open Courses.  Cours en ligne préparés par des universités et Grandes Ecoles.

[3] Source: Ministry of Education, Singapore ICT Masterplans in the Singapore Education System, http://www.unesco.org/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/ED/images/singapore.pdf

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