Entretien - Anne Hidalgo : "Paris est sous les feux des projecteurs. Il faut avoir les épaules solides"

Entretien - Anne Hidalgo : "Paris est sous les feux des projecteurs. Il faut avoir les épaules solides"

La maire de Paris s’est confiée à Émile sur son bilan à mi-mandat, notamment pour répondre aux  critiques qui lui sont faites. Cet entretien sera également à retrouver dans le prochain numéro d'Émile, à paraître dans une dizaine de jours. Numéro dans lequel nous avons souhaité mettre Paris face à deux autres capitales européennes : Copenhague et Bruxelles. Les maires de ces deux villes ont répondu à nos questions sur leurs perspectives de développement, leurs politiques environnementales et le regard qu'ils portent sur la capitale française. 

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 Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville (Crédits photo: Manuel Braun)

Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville (Crédits photo: Manuel Braun)

Propos recueillis par Anne-Sophie Beauvais et Maïna Marjany

Maire de Paris, c’est à la fois le mandat ordinaire de tout édile à la tête d’une commune, et c’est aussi un mandat, par le caractère même de la ville, qui n’a pas d’équivalent ?

C’est vrai. Paris est une commune qu’il faut gérer comme toute autre ville : administrer les services, les crèches, veiller à ce que les cantines fonctionnent, à ce que l’on balaie les rues… J’échange souvent avec des maires de petites communes, et nous avons les mêmes préoccupations, même s’il s’agit d’échelles différentes. Le maire est un élu très particulier par rapport à toutes les fonctions politiques qui peuvent exister, car il est présent à chaque moment de la vie du citoyen, de la naissance jusqu’à la mort…

Mais Paris est aussi une capitale. Tout en gérant le quotidien, je dois être en permanence une ambassadrice de ma ville. Cette dimension a été particulièrement présente ces trois dernières années, notamment après les attentats qui ont eu un impact sur le tourisme, et donc sur la situation économique de Paris. Je me suis appuyée sur la campagne des Jeux Olympiques pour faire la promotion de Paris, en allant partout dans le monde pour porter l’image de Paris qui gagne, qui se relève, qui est courageuse, qui a envie de voir revenir les touristes… J’ai également souhaité renforcer cette dimension de capitale internationale en prenant une responsabilité au sein du réseau des maires du monde, le C40, qui réunit les 92 plus grandes capitales mondiales sur le climat.

Paris est une petite capitale du point de vue de sa taille (105 km²) : elle a dû s’ouvrir à une échelle supérieure, celle de la métropole…

Paris n’est pas une très grande ville, en effet, mais elle est la plus dense d’Europe, avec 20000 habitants au km². Dans un environnement en pleine mutation, Paris doit, c’est vrai, pousser ses frontières pour tenir son rang de capitale française et mondiale. C’est un travail de long terme, qui avait été engagé par Bertrand Delanoë, et que j’ai poursuivi. Sept millions d’habitants vivent et partagent une communauté de destins sur le territoire du Grand Paris, la « zone dense » de l’Ile-de-France. Nous devons utiliser la force, la valeur ajoutée, la créativité de Paris pour aider, accélérer et amplifier le développement d’un certain nombre d’autres communes. C’est donc un enjeu extrêmement important que d’arriver à trouver la bonne vision, la bonne stratégie, de moyen et long terme – et ce n’est pas seulement une question d’organisation institutionnelle – pour ce territoire de sept millions d’habitants.

 Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville, pendant l'interview avec la rédaction d'Émile (Crédits photo: Manuel Braun)

Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville, pendant l'interview avec la rédaction d'Émile (Crédits photo: Manuel Braun)

Quelles sont vos priorités, à l’échelle très locale des Parisiens ?

Un des premiers sujets est celui du logement, avec l’enjeu majeur du maintien des classes moyennes à Paris. La pression du loyer sur les ménages parisiens est importante, puisqu’ils dépensent entre 30 et 40% de leurs revenus dans leur habitation. Créer du logement à des prix abordables est vraiment un impératif pour nous. Une ville sans classes moyennes rencontre de grandes difficultés. Je pense, par exemple, à Londres qui, pendant une quinzaine d’années, a privilégié des politiques plutôt spéculatives. La vielle en paye aujourd’hui le prix fort, même si la politique d’urbanisme est en train de changer avec l’arrivée de Sadiq Khan à la mairie. De notre côté, nous avons pris, il y a 15 ans, un chemin totalement différent, et notre position, à l’époque, avait été beaucoup critiquée. Aujourd’hui, il y a 20% de logements sociaux à Paris, c’est environ 400 000 personnes qui peuvent rester dans Paris grâce à notre politique liée à l’habitat.

Nous avons interviewé le maire de Bruxelles, qui nous a dit qu’en comparaison avec la capitale belge, Paris était « la ville la plus inégale du monde, celle où ne vivent pas les populations les plus précarisées (…) parce que Paris a mis ses banlieues en dehors de la ville ». Partagez-vous cette analyse ?

Absolument pas. La population parisienne (intra-muros) est composée en grande majorité de classes moyennes. Seuls 16% des parisiens ont un niveau de revenu très élevé, et on retrouve le même pourcentage pour ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Depuis 15 ans, nous avons favorisé l’imbrication des populations dans les quartiers parisiens, notamment en rééquilibrant la part du logement social dans les arrondissements qui en manquaient le plus, et en essayant d’amener les classes moyennes dans des arrondissements qui avaient une forte densité de logement social. Et en plus de la question du logement, nous voulons aussi mettre en place des dispositifs très attractifs sur l’éducation et la culture, proposer des prestations sociales, comme l’accès à des crèches. Souvent, les visiteurs voient la beauté de Paris, et pensent que la ville est réservée aux plus privilégiés ; mais quand on étudie la sociologie parisienne, on voit qu’elle est essentiellement fondée sur les classes moyennes. Après, en effet, il existe de grandes ségrégations sociales au sein du Grand Paris, et l’un des défis de cette métropole est de résorber ces disparités.

À part le logement, quels sont les autres grands défis qui attendent Paris dans les prochaines années ?

Un des grands défis est celui de la qualité de l’air, de la transition écologique et énergétique. Paris a été, dans les années 60, entièrement organisée autour de la voiture, ce qui en a fait une ville engorgée de véhicules, sujette aux embouteillages et très polluée. En 2001 déjà, la première liste de Bertrand Delanoë s’appelait « Changeons d’air », car cette question était devenue prioritaire. Réduire la pollution passe principalement par la réduction de la place de la voiture, et donc le développement d’autres formes de mobilité. Nous commençons à obtenir des résultats très encourageants sur ce sujet, puisqu’en dix ans, nous avons diminué de 30% la circulation automobile et la pollution atmosphérique.

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"Seulement deux Franciliens sur dix viennent travailler à Paris en voiture et un Parisien sur dix. Mais cela fait beaucoup de bruit car de gros lobbys s'emparent du sujet."

Avec une politique comme celle-ci, vous n’avez pas l’impression de mettre sous pression les banlieusards, qui utilisent leur voiture pour aller travailler dans la capitale, et même les Parisiens ?

Pas du tout, parce que la plupart des banlieusards viennent à Paris en transports en commun, notamment les plus modestes d’entre eux. Seulement deux Franciliens sur dix viennent travailler à Paris en voiture, et un Parisien sur dix utilise la sienne. Mais cela fait beaucoup de bruit, car de gros lobbys s’emparent du sujet : celui du diesel et, derrière, tous ceux des énergies fossiles. Or, je pense que la mobilisation de Paris sur le Grand Paris Express – et donc sur des moyens de transport qui facilitent la relation de banlieue à banlieue et de Paris à banlieue – est plutôt un service rendu aux franciliens. D’autant que la pollution n’a pas de frontières, quand il y a des pics à Paris, en général 22 autres communes sont concernées.

On imagine que la question de l’attractivité économique et de l’emploi est aussi cruciale pour vous ?

C’est le troisième enjeu majeur. Nous devons montrer que Paris n’est pas une ville musée, qu’elle est attractive, à la fois dans des secteurs traditionnels, comme le tourisme, le commerce, mais aussi dans des secteurs novateurs. Et nous avons réussi à faire de Paris une ville de l’innovation, puisque nous avons été classés dans le top 3 des capitales innovantes avec Londres et New York. Nous avons ainsi échappé à ce que d’autres capitales européennes ont vécu, telles que Rome, qui a été dépassée par Milan sur sa capacité d’innovation. Dès 2008, nous avons créé les conditions pour que tout l’écosystème des start-up puisse s’installer dans des lieux parisiens en pleine mutation. Je pense, par exemple, au quartier du Sentier, en plein cœur de Paris, où l’activité textile était en train de s’éteindre.

Pourquoi avez-vous fait part de votre désaccord avec la circulaire Collomb, sur le recensement des migrants dans les centres d’accueil ?

Je ne suis, en effet, pas d’accord avec cette circulaire. Nous allons être confrontés à la question des migrants de manière durable. Ce serait un mensonge de dire que cela va s’arrêter demain. Ces personnes viennent chez nous pour un grand nombre de raisons : à cause de la guerre, de la misère économique, du changement climatique, des mouvements terroristes, etc. J’entends souvent ce propos sur « l’appel d’air ». Mais personne ne fait un appel d’air ! Il faut cesser de croire qu’on va renvoyer les demandeurs d’asile dans leur premier pays d’accueil (l’Italie ou la Grèce), alors même que la France n’assume pas sa part de solidarité. Quand les personnes sont menacées sur un territoire, elles le quittent. Et où vont-elles ? Là où il y a de la lumière ! Une ville comme Paris, qui réussit à attirer les gagnants de la mondialisation, attire aussi ceux qui sont en difficulté. Puisque nous savons que cela va durer, organisons-nous, mettons en place les structures nécessaires, faisons en sorte que ce ne soit pas le chaos. C’est la position que je défends.

Ces derniers mois dans la presse, on a l’impression que vous êtes rattrapée uniquement par le quotidien : la neige, les difficultés de circulation, la propreté, les rats… Avez-vous l’impression d’être dans une tension permanente entre une vision de long-terme pour Paris, et le court-terme des problèmes quotidiens à régler ?

Non, je ne le vis pas comme ça. Déjà, il faut savoir que ce n’est qu’une partie de la presse qui s’arrête sur ces sujets. Ce n’est pas une surprise que Le Figaro titre sur les rats. Valeurs Actuelles ou encore L’Opinion représentent une partie de la presse qui porte ces mêmes sujets de façon récurrente. Je pourrais vous ressortir les Unes sur Bertrand Delanoë pendant 15 ans, il n’y a pas énormément de différences. Je pense que les défis de moyen et long-terme sont aussi, et en permanence, des défis de court-terme. Pour diriger une ville, il faut avoir une vision ; mais pour la mettre en pratique, cela passe par des actes de court-terme. Faire évoluer la mobilité à Paris vers d’autres modes de transport, ce sont des actes du quotidien. Rendre la ville propre, c’est changer les habitudes de vie, lutter contre les incivilités. Car une ville n’est pas sale en soi, elle est salie par des comportements. Il faut savoir que Paris n’abrite que 2,3 millions d’habitants, alors que 5 millions de personnes la traversent chaque jour. Nous avons donc à faire à une occupation importante de l’espace public, ce qui amène forcément des évolutions et des mesures nouvelles sur des sujets comme celui de la propreté.

 Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville, pendant l'interview avec la rédaction d'Émile (Crédits photo: Manuel Braun)

Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville, pendant l'interview avec la rédaction d'Émile (Crédits photo: Manuel Braun)

Etre maire de Paris, c’est aussi gérer 20 arrondissements qui ont leur propre couleur politique. Il faut beaucoup d’habileté pour manœuvrer entre ces différentes sensibilités ?

Il faut, en effet, être très habile politiquement pour être maire de Paris, parce qu’on est à la tête d’une coalition très large. Les maires d’arrondissements sont des personnalités politiques importantes, puisque l’élection à la tête de la ville se fait à partir des arrondissements. Ce qui donne d’ailleurs aux maires d’arrondissements davantage un poids politique qu’un rôle juridique. Des systèmes de gouvernance comme celui-ci, il y en a finalement très peu. Il ne faut pas être sectaire, il faut être ouvert au dialogue, il faut savoir négocier, mais aussi entraîner, rassembler, faire adhérer à un projet, et ne pas avoir peur de décider quand on sait qu’on va dans la bonne direction. Paris est quand même sous le feu des projecteurs en permanence, chaque petit bout de trottoir qui va bouger va devenir un fait national, voire international, donc il faut avoir les épaules solides, développer une assurance pour pouvoir faire des choix et avancer.

Ne venez-vous pas finalement de résumer la méthode Hidalgo pour gouverner Paris… une méthode qui semble moins autoritaire ou sectaire que celle qui vous est parfois reprochée ?

Sincèrement, si depuis 2014, je n’avais pas mis en place une gouvernance large et inclusive au sein de mon équipe, nous n’aurions pas pu surmonter l’épreuve des attentats, l’épreuve de la crise migratoire. Nous n’aurions pas non plus gagné les JO sur lesquels tout le monde – de la droite à la gauche – s’est retrouvé. Il faut donc savoir être à la fois inclusif et ferme, car on ne peut pas être faible au moment de décider. J’ai la culture du résultat, et c’est ça qui me fait avancer.

Peut-on dire qu’un projet qui ne prend qu’un an pour se réaliser est un projet qui n’a pas posé de problème politique ? Et à l’inverse, un projet qui a mis dix ans pour voir le jour est un projet qui a rencontré de vives oppositions politiques ?

De toute façon, tous les projets sont votés à la majorité, voire certains presque à l’unanimité. Mais l’opposition municipale, voyant l’opportunité pour elle d’abîmer l’image du maire, de créer la polémique, peut se saisir d’un sujet et le monter en épingle, comme elle l’a fait, par exemple, avec la politique contre la pollution. Mais quel est le projet alternatif ? Davantage de voitures dans Paris ?

Peut-être davantage de voitures propres, au lieu de plus de voitures du tout ?

Même pas, puisque l’opposition était, par exemple, en désaccord avec la mise en place d’Autolib’ dans le passé ! Tout ne dépend pas de vous, en réalité. Vous pouvez ouvrir des portes, tendre la main pour que l’opposition ne soit pas simplement dans un rôle facile d’opposant… parfois ça marche, et on arrive à construire des choses, et parfois ça ne marche pas. Prenons l’exemple d’un projet comme la Tour triangle, qui doit être construite porte de Versailles. Ce projet date de la première mandature de Bertrand Delanoë. À l’époque, il y a eu des oppositions de la part de personnes qui ne voulaient pas de tour dans Paris. De 2008 à 2014, en tant qu’adjointe chargée de l’urbanisme, j’ai mené le débat sur la possibilité de construire, à certains endroits de Paris, des immeubles de grande hauteur. On a réussi à relancer le processus. À ce moment-là, une grande partie de la droite parisienne nous soutient. Arrive la campagne des municipales en 2014, et mon adversaire de l’époque, Nathalie Kosciusko-Morizet, décide de faire de ce dossier un sujet de clivage, pensant sûrement qu’elle gagnerait des voix. Résultat, les mêmes qui avaient accepté le projet quelques années auparavant, se sont retrouvés à devoir s’y opposer ! J’ai tout de même persévéré, et une partie de l’UDI, des centristes, a fini par me suivre. Après un premier vote négatif au Conseil de Paris, nous avons finalement obtenu un vote majoritaire qui nous a permis d’avancer.

Vous parliez des JO, à quel point vont-ils transformer Paris ? Ne faut-il pas justement des événements majeurs comme ceux-là pour arriver à de grandes mutations urbaines ? Haussmann au XIXe siècle et les JO aux XXIe ?

Il y aura quelques changements, mais j’ai surtout souhaité que les JO aident à transformer des territoires comme la Seine-Saint-Denis, où il y aura de nombreux aménagements pour les Jeux. Dans Paris intra-muros, nous allons principalement construire une Aréna dans le XVIIIe arrondissement. Sinon, les JO vont surtout nous permettre d’accélérer un certain nombre de processus de transition écologique et énergétique à Paris, en matière de mobilité, notamment, ou encore de baignade dans la Seine. Mais, à Paris, si on parle de changements de l’ampleur d’Haussmann, je pense que c’est justement la transition écologique et énergétique qui va remodeler la ville. Nous passons de l’ère du  « tout voiture » à une mobilité du futur, plus respectueuse de l’environnement, et qui utilise les transports collectifs ainsi que le vélo. Mon modèle, c’est Copenhague !

Sciences Po a décidé d’affirmer son ancrage au cœur de Paris. C’est sans doute une bonne nouvelle pour la maire de Paris ?

Bien sûr, Paris est une ville universitaire. Notre modèle est d’une singularité incroyable. Des gens me disent parfois : « À Paris, nous n’avons pas d’universités sur le modèle des campus anglo-saxons, qui sont à l’extérieur de la ville. » Je leur réponds que nous avons un modèle extraordinaire où le campus est la ville ! C’est d’ailleurs autour de cette idée forte que s’inscrit le campus de Sciences Po. Pour moi, c’est une école extraordinaire, fondamentale pour Paris, qui fait preuve d’une grande ouverture, comme, par exemple, avec son programme pour les sportifs de haut niveau. J’ai déjà échangé avec le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, autour de l’idée de développer davantage encore ce programme au moment des JO. Je viens de rencontrer l’ambassadrice des États-Unis à Paris, et comme nous avons un accord avec Los Angeles (Paris 2024, Los Angeles 2028), nous avons évoqué la possibilité que nos universités (UCLA, Sciences Po et d’autres universités parisiennes), soient jumelées sur des doubles cursus pour créer des synergies grâce aux Jeux Olympiques.

A-t-il été facile d’accepter l’échelon du Grand Paris, sans penser à une déperdition de son propre pouvoir ?

L’échelle du Grand Paris est la bonne échelle pour travailler sur des questions telles que la résorption des inégalités entre les territoires, ou la lutte contre la pollution. Le sujet, pour moi, n’a jamais été quelles sont les prérogatives que je garde. Je souhaite juste que Paris conserve sa capacité d’innovation. Et pour cela, il doit y avoir un travail spécifique avec l’Etat, une contractualisation particulière, sur la base de l’expérimentation. Je pense notamment à des sujets comme l’innovation environnementale et sociale.

 Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville, pendant l'interview avec la rédaction d'Émile (Crédits photo: Manuel Braun)

Anne Hidalgo dans son bureau à l'Hôtel de ville, pendant l'interview avec la rédaction d'Émile (Crédits photo: Manuel Braun)

On dit souvent qu’une coopération qui fonctionne, ce sont avant tout des personnes qui s’entendent bien. Est-ce le cas avec Valérie Pecresse, présidente de la Région Ile-de-France, et Patrick Ollier, maire de Rueil-Malmaison et président du Grand Paris ?

Avec Patrick Ollier, j’ai eu la chance de vivre une expérience politique très intéressante. C’est un homme intelligent, d’une culture totalement différente de la mienne, mais nous avons réussi à trouver la confiance, le dialogue, le non sectarisme nécessaires pour que cela fonctionne.

La région Ile-de-France, indépendamment de Valérie Pécresse, s’est beaucoup construite dans une opposition contre Paris. Il faut dépasser cela, car nous avons besoin de la région qui est un espace stratégique. Valérie Pécresse a été jusqu’ici un peu obnubilée par son combat contre la métropole du Grand Paris. Je ne suis pas sûre que ce genre d’obsession soit très féconde. Mais pour ce qui concerne la relation région-Paris, nous avons des désaccords, c’est vrai, sur la manière de lutter contre la pollution. Valérie Pecresse a choisi d’en faire un sujet de polémique politicienne…même si je pense que tout cela est plutôt derrière nous. Il est extrêmement important que la ville et la région travaillent ensemble. Je suis très pragmatique, j’ai souvent demandé que l’on puisse avoir des réunions d’exécutif à exécutif, que nos adjoints travaillent ensemble. Nous collaborons déjà avec Stéphane Beaudet, vice-président de la région, en charge des transports, mais je pense qu’il n’y a pas encore assez de liens.

Par ailleurs, d’un point de vue plus personnel, j’ai du respect pour Valérie Pécresse. Ce n’est pas facile d’être une femme en politique, à droite comme à gauche, et à des postes de grande visibilité. Cela dérange, bouscule, et le regard des médias politiques est souvent caricatural à notre égard. Et j’attends le jour où les médias politiques changeront leur regard sur leur approche très sexuée de la politique…

À quoi le ressentez-vous ?

Dans les commentaires, l’analyse, la nature des emballements médiatiques...

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"Ce n'est pas facile d'être une femme en politique à des postes de grande visibilité. Cela dérange, bouscule..."

Et comment le vivez-vous ?

Quand on arrive à ces postes-là, en politique, il faut être prête à intégrer ce genre de choses.  Je me souviens, par exemple, des paroles extrêmement grossières qu’un élu, le maire du Plessis-Robinson, avaient eu lorsque j’étais venue poser la première pierre du Grand Paris Express à Clamart. Ses propos sont impossibles à reformuler ici, tellement ils étaient dégradants. J’avais rendu l’affaire publique, à l’époque, en rédigeant une lettre, très élégante, pour dire à cet élu combien son comportement était inacceptable. J’en avais d’ailleurs parlé au Président Nicolas Sarkozy, qui était horrifié et me soutenait totalement. 48 heures plus tard, une journaliste du Parisien des Hauts-de-Seine a réalisé un micro trottoir au Plessis-Robinson, demandant aux gens ce qu’ils pensaient des propos de leur maire, et le titre de l’article se résumait à « c’est un bon maire ». C’était donc ça la réponse d’une femme journaliste à cette affaire !

Finalement, la libération de la parole des femmes, notamment à travers le hashtag #balancetonporc, est, selon vous, une bonne chose ?

Je ne l’aurais pas fait ainsi, mais je ne vais pas m’en plaindre, parce que je pense que la libération de la parole est une chose positive. Après, il ne faut pas que cela mène à des excès, à des dénonciations calomnieuses. Car ce genre de lynchages sur les réseaux sociaux peut aussi être abusif.



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