Dissertation - La confiance en soi, une philosophie

Dissertation - La confiance en soi, une philosophie

« Avoir confiance en soi ». Dans notre société, cela semble être la clé du succès professionnel ou même amoureux. Alors que cette formule culte de l’usage courant est généralement abordée sous un angle psychologique, le philosophe Charles Pépin a choisi de la scruter sous un prisme philosophique, pour nous en révéler le sens multidimensionnel.

 Charles Pépin

Charles Pépin

Le thème de la confiance en soi n’est pas un thème à proprement parler philosophique. Lorsque les philosophes l’abordent, c’est indirectement, au travers d’une pensée de la singularité chez Nietzsche, de la liberté chez Sartre, de l’intuition chez Bergson… Seule exception notable : le philosophe américain Emerson, qui a d’ailleurs beaucoup influencé Nietzsche, et écrit au milieu du XIXe siècle un petit bijou littéraire et philosophique, justement titré La Confiance en soi. On y découvre, émerveillé, que la confiance en soi n’est jamais simplement la confiance… en « soi ». Elle est toujours en même temps confiance en ce qui est plus grand que soi, et nous traverse. Pour Emerson, il s’agit d’une force divine à l’œuvre dans la nature. Pour les philosophes phénoménologues du XXe siècle, il s’agira du monde. Naître, écrit en effet Husserl, c’est être confié au monde, et avoir en retour une confiance minimale en ce monde. Comment, autrement, ne pas devenir fou ? Ce monde est bien le nôtre, une maison que nous habitons comme nous le rappellent certaines expériences esthétiques, et non simplement une terre à exploiter. Pour Bergson, toute confiance sera en même temps confiance en cet élan vital qui traverse le vivant, et nous rend créatifs lorsque nous savons lui faire une place. Nature, divin, monde, élan vital… Peu importe, au fond, tant que nous comprenons que la véritable confiance s’entend toujours en un sens élargi.

Élargi aussi pour une autre raison : la confiance en soi n’est pas possible non plus sans une confiance en les autres. Le jeune enfant qui s’approche de l’inconnu au lieu d’en avoir peur a au moins autant confiance en les autres qu’en lui. En alpinisme, dans la cordée, la confiance en soi ne peut s’entendre sans la confiance en les autres. De même pour le manager : s’il n’a pas confiance en son équipe, comment peut-il avoir confiance en lui ?

Reste, bien sûr, à articuler ces deux premières dimensions de la confiance (confiance en la vie et confiance en autrui) à une confiance en son savoir-faire, en sa compétence – en « soi » si l’on veut. Mais attention à ne pas trop mettre l’accent sur cette dimension technique de la confiance en soi. Ce serait oublier que nous sommes des êtres de relation, non de simples monades accumulant des compétences. Oublier aussi que la vie est mystérieuse, surprenante toujours, en partie imprévisible. Si nous réduisons la confiance en soi à une aventure de la maîtrise, nous risquons d’être envahis par la crise de confiance devant le surgissement de l’imprévu. Avoir confiance en soi, ce n’est pas s’illusionner en se persuadant que la vie est devenue prévisible, mais travailler son rapport au monde, aux autres et à soi pour savoir accueillir l’imprévu. Avoir assez de sécurité intérieure pour oser s’aventurer au-dehors. l


Charles Pépin vient de publier La Confiance en soi, une philosophie, aux éditions Allary.

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