Hugo Panonacle, l'étudiant qui veut rendre la musique classique moderne

Hugo Panonacle, l'étudiant qui veut rendre la musique classique moderne

Président du tout nouveau club musique de Sciences Po Alumni, étudiant en Master 2 à PSIA, Hugo Panonacle est également pianiste préprofessionnel, président et fondateur de l’association Sciences Polyphonies, et rédacteur en chef d’un magazine consacré à la musique classique… Retour sur le parcours d’un étudiant aux multiples casquettes, aujourd’hui déterminé à réussir ce que beaucoup ont essayé avant lui : démocratiser la musique classique.

Par Driss Rejichi

Hugo Panonacle, étudiant à Sciences Po et pianiste préprofessionnel (Crédits : Léa Diop)

De l’enfance au master, la musique comme boussole

Reconnaissable à sa chevelure bouclée et à son ton toujours enjoué, arpentant les couloirs de Sciences Po d’un pas énergique, Hugo Panonacle a surtout marqué ses camarades par sa passion pour la musique classique, qu’il fait vivre dans l’ensemble de ses activités à Sciences Po. Désormais véritable figure de proue de la musique classique rue Saint-Guillaume, rien ne prédestinait pourtant Hugo Panonacle à suivre une telle voie. Originaire d’Arcachon, il reconnaît que sa famille « n’est pas du tout musicienne ». Son éveil artistique naît presque par hasard, lorsque ses parents ouvrent un restaurant : « Ils organisaient des soirées jazz le vendredi, et avaient un petit piano quart de queue. Ils n’ont pas fait beaucoup d’hôtellerie-restauration, seulement deux ans. Quand ils ont vendu, ils ont gardé le piano. ». Alors âgé de quatre ans et attiré par l’instrument, Hugo Panonacle se prend de passion pour la musique classique. Il continue ainsi à pratiquer le piano durant son enfance, puis lors de ses années de collège et de lycée.

« Je crois beaucoup dans la diplomatie musicale, je pense qu’il y a vraiment quelque chose à aller chercher là-dedans. »

L’instrument ne restera durant toute sa scolarité qu’une passion, et non un projet d’avenir. L’important pour Hugo Panonacle était alors de « lier art et engagement ». « Les premiers concerts que j’ai faits l’ont été au bénéfice de l’UNICEF », explique l’étudiant qui n’a jamais cessé de créer des ponts entre la musique et ses autres centres d’intérêt : « Je fais toujours ce que j’ai envie de faire, j’ai toujours été guidé par la passion ». C’est par exemple ce qui l’a poussé à rejoindre PSIA lors de son entrée en Master, en vue de répondre à son intérêt pour les relations internationales. Un choix qui s’articule selon lui totalement avec sa fibre musicale, puisque Hugo Panonacle souligne le rôle que peut jouer la musique dans le dialogue entre nations : « L’aspect diplomatique me parlait par rapport au langage musical… Je crois beaucoup dans la diplomatie musicale, je pense qu’il y a vraiment quelque chose à aller chercher là-dedans ».

Une difficile articulation entre vie artistique et académique

Hugo Panonacle rappelle pourtant que pour parvenir à créer des liens et joindre sa pratique musicale à son parcours universitaire, les obstacles furent nombreux. Lorsqu’il est admis à Sciences Po en 2017, le jeune étudiant ne réalise pas encore qu’il pourrait bénéficier d’un aménagement de scolarité. Repéré la même année par Myriam Dubois-Monkachi, directrice de scolarité de Sciences Po, lors d’un concert donné à l’Assemblée nationale, il dispose d’horaires allégées à partir de sa deuxième année de Bachelor. Elle s’étale donc sur deux ans et lui permet de suivre des cours au CRR (conservatoire à rayonnement régional) de Paris, en parallèle de sa scolarité à Sciences Po.

« Quand on est pianiste, il n’y a pas vraiment de pratique orchestrale. J’ai eu un vrai sentiment de solitude. »

Au-delà de la charge de travail, Hugo Panonacle souligne aussi des difficultés beaucoup plus larges induites par ce type de parcours. Même s’il reconnaît « la souplesse » dont a toujours fait preuve Sciences Po à son égard, il rappelle aussi que ce n’est pas le cas de toutes les universités partenaires. Par ailleurs, les obstacles se dressent aussi devant lui sur un aspect plus humain : « j’ai évidemment perdu tous mes amis de promo lorsque j’ai fait ma deuxième 2A … En plus quand on est pianiste, il n’y a pas vraiment de pratique orchestrale. J’ai eu un vrai sentiment de solitude ». Cumulé à un rythme de travail élevé et à un emploi du temps chargé, ce parcours ne lui laissait que peu de temps pour son intégration : « Je n’avais pas vraiment de temps à consacrer à la vie étudiante, contrairement à ce que j’ai fait par la suite en Master ».

Une multitude de projets et un seul objectif : « décloisonner la musique classique »

Depuis son entrée à PSIA, Hugo Panonacle multiplie les initiatives visant à donner plus de place à la musique classique à Sciences Po. L’association Sciences Polyphonies, créée lors de son admission en Master, avait pour objectif de « montrer que nous avons un vivier de jeunes musiciens talentueux, qu’il faut mettre en valeur ». Elle rassemble désormais une trentaine de membres, « du grand amateur au semi-professionnel ». Bénéficiant du haut patronage du président de la République et du soutien de France Musique, l’association s’est notamment illustrée en mai 2022 par l’organisation d’un concert caritatif en soutien aux femmes d'Ukraine et d'Afghanistan.

« L’objectif est de faire enfin entrer la musique classique dans le XXIème siècle. »

Depuis la rentrée, les projets dépassent aussi le simple cadre de la rue Saint-Guillaume. Hugo Panonacle est actuellement chargé de mission auprès de la Fondation Gautier Capuçon, créée en janvier 2022 et dont l’objectif est de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes musiciens : « l’idée c’est d’avoir une structure de templin, un levier pour passer le pas et devenir professionnel après un maximum de deux années à la fondation ». Pour cela, les lauréats disposent de bourses, sont amenés à se produire sur scène, et peuvent même aller jusqu’à enregistrer un CD, ce qui constitue « un outil de communication important pour un jeune artiste ».

Parallèlement, Hugo Panonacle lance une revue sur la musique classique, Polyphonies Magazine, dont le premier numéro sort au printemps 2023. Son ambition ? « Décloisonner la musique classique, de l’ouvrir à d’autres choses qu’elle-même ». Les lecteurs pourront par exemple y découvrir une rubrique de Frédéric Ramel, chercheur au CERI et joueur de flûte à bec, sur la diplomatie et la musique classique. Se lancer dans un tel projet éditorial représente également un défi pour Hugo Panonacle, qui souligne que Polyphonies Magazine a encore « besoin de soutien ». Précommandes, dons, mécénat ou encore achat d’encarts publicitaires : le magazine a multiplié les moyens de contribution. « Il y a une vraie perspective d’entreprenariat », reconnaît le jeune étudiant. « Cela apporte aussi une forme de modernité… l’objectif est de faire enfin entrer la musique classique dans le XXIème siècle ».


Depuis l’automne 2022, Hugo Panonacle préside le club musique de Sciences Po Alumni. Son bureau, composé de cinq membres, ambitionne de réunir tous les anciens de Sciences Po autour de leur passion commune pour la musique, pas seulement classique. « Tous les alumni qui aiment ou veulent découvrir la musique peuvent nous rejoindre », explique Hugo Panonacle.


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