Ces universités emblématiques qui ont inspiré Campus 2022

Ces universités emblématiques qui ont inspiré Campus 2022

Du MIT à la Singapore Management University en passant par la London School of Economics, plusieurs universités internationales ont été une source d’inspiration pour le projet Campus 2022. Les équipes de la rue Saint-Guillaume ont effectué plusieurs voyages d’études, à la recherche d’idées porteuses pour façonner le nouveau visage de Sciences Po. Émile s’est appuyé sur leurs découvertes et leurs observations pour vous proposer un tour d’horizon de ces campus urbains aux caractéristiques avant-gardistes. 

 MIT    Photo : Maki and Associates Stage

MIT 

Photo : Maki and Associates Stage

Massachusetts Institute of Technology (MIT) 

« Un bâtiment a particulièrement retenu notre attention : le Medialab. » De sa visite au MIT, Charlotte Degoulet (promo 2012, Stratégies territoriales et urbaines) garde en particulier le souvenir de cet immeuble regroupant les centres de recherche de l’université. « Son intérieur est construit en transparence », détaille la responsable de projet « enseignement supérieur » chez JLL, assistant à maître d’ouvrage sur le projet Campus 2022. « Les différents départements sont séparés par des parois vitrées. Cette mise en scène nous a paru intéressante. » Car cette idée de donner à voir la recherche en pleine conception renvoie à celle du décloisonnement des compétences : « Depuis longtemps, tout est totalement divisé, compartimenté », commente Lionel Lemire, ancien vice-président de l’École Spéciale d’Architecture (ESA). « Opter pour plus de transparence est incontestablement un progrès », ajoute celui qui est également enseignant au sein du master Stratégies Territoriales et Urbaines (STU) de Sciences Po. Attention toutefois, selon lui, à trouver le bon équilibre : « Si on ne veille pas à conserver des lieux d’intimité, cela peut être vécu négativement. » Un besoin de retrait, d’isolement, intégré dans l’architecture du MIT, mais toujours avec une touche de transparence. « Au Medialab, les bureaux individuels sont séparés des espaces collectifs par des parois vitrées », précise Charlotte Degoulet. La transparence, un élément qui est donc apparu crucial aux yeux des porteurs du projet Campus 2022 : « Dans le cahier des charges, nous avons spécifié aux architectes de mettre en scène les différentes activités installées à l’hôtel de l’Artillerie. »

 Medialab du MIT    Photo : D.R

Medialab du MIT 

Photo : D.R

Autre thème ayant guidé le cahier des charges : la réflexion sur les flux et la flexibilité des lieux. « Le Medialab du MIT, à l’image d’autres universités visitées, fait la part belle à la circulation », insiste Charlotte Degoulet, « avec notamment un grand escalier majestueux. » Un élément d’ailleurs commun à plusieurs universités. « À Harvard, par exemple, au sein du Chao Building, certains escaliers sont multi-usages, avec des espaces de travail à proximité des marches. L’un d’entre eux peut même servir de petit amphithéâtre. » Des aménagements propices à la rencontre, « la mission principale d’une bonne université », relève Lionel Lemire. « Le cœur de la question est l’interaction entre les enseignants, les chercheurs, les étudiants… » 

London School of Economics (LSE)

« La London School of Economics a été très inspirante pour nous, car elle ressemble beaucoup à Sciences Po : un campus au cœur d’une capitale européenne, situé dans un quartier universitaire », explique Charlotte Degoulet. « Le projet Campus 2022 s’inscrit dans un cadre très particulier : en plein Paris, au sein d’un arrondissement qui semble consacrer davantage d’énergie à respecter son histoire qu’à penser son avenir », analyse Lionel Lemire. Un défi que la LSE a tenté de relever. Certaines de ses infrastructures ont ainsi retenu l’attention des équipes parties en repérage. En premier lieu, le Students’ Union, un bâtiment regroupant non seulement toutes les associations étudiantes, mais également une salle de sport, la radio, la cafétéria… « Dans le cahier des charges, nous avons demandé au promoteur d’optimiser le nombre d’endroits que pourraient s’approprier les élèves », pointe Charlotte Degoulet.

Vient ensuite la bibliothèque, organisée autour d’une grande rampe en colimaçon et distribuant des espaces de typologies différentes. Un point retenu pour le projet Campus 2022, ajoute la responsable de projet JLL. « Nous avons insisté sur la diversification des lieux et des ambiances, l’objectif étant d’accompagner l’étudiant tout au long de sa journée : des moments seul à se concentrer aux échanges en groupe. » Un élément crucial, selon Lionel Lemire : « On doit trouver une adéquation entre la qualité du bâtiment et le travail que l’on va y faire. » En d’autres termes, « si l’adresse de Sciences Po est attrayante, la question est de savoir comment rendre ses espaces agréables », complète Charlotte Degoulet. « Aujourd’hui, un chercheur étranger qui arrive à Sciences Po s’étonne du manque d’endroits pour prendre un café avec ses collègues. »

 LSE   Photo : D.R

LSE

Photo : D.R

Enfin, cette professionnelle de l’immobilier mentionne également le New Academic Building de la LSE. « Devant l’une de ses deux entrées, il y a des bancs, du mobilier urbain, comme si le spectre du bâtiment se répandait sur le trottoir. » Une porosité avec l’espace public qui participe de l’intégration de la LSE à Londres. « Il est toujours intéressant d’ouvrir une université physiquement sur la ville où elle se trouve », ajoute de son côté Lionel Lemire. « Trop longtemps, les campus ont été conçus comme des forteresses, les coupant, de fait, d’une partie du monde. » 

 

Columbia

En plus de son campus historique, Columbia a investi de nouveaux locaux. Une extension baptisée Manhattanville. « L’université a passé un contrat avec la municipalité pour favoriser son dialogue avec le tissu local : les habitants, les écoles, les commerces de proximité… Columbia tient par ailleurs à ce qu’une attention particulière soit accordée aux loyers afin qu’ils ne s’envolent pas », précise Charlotte Degoulet. En clair, Columbia, loin de réfléchir seule dans son coin, se pense comme un acteur urbain. « Nous voulons être dans cet état d’esprit. »

Un point qui semble également incontournable à Lionel Lemire : « Au XXIe siècle, on ne peut pas continuer à considérer l’université comme un monde à part. Cela fait cent ans que l’on construit des campus : les meilleurs en termes d’efficacité, de performance pour les étudiants sont ceux faisant partie intégrante d’une ville. » Et l’architecte de pousser la réflexion : « Il faudrait que des expositions publiques soient organisées à Sciences Po afin de stimuler les rencontres. À l’heure actuelle, son festival du cinéma reste quasi privatif. L’université doit absolument se penser comme un lieu de diffusion, de partage. »  

 Manhattanville, Campus de l'Université Columbia    Photo : Columbia University - Franck Oudeman

Manhattanville, Campus de l'Université Columbia 

Photo : Columbia University - Franck Oudeman

New York University (NYU)

« L’une des caractéristiques fortes observées à NYU est leur guichet unique, qui a été un vrai levier de transformation. » Ainsi, explique Charlotte Degoulet, l’université new-yorkaise a regroupé l’intégralité de ses services administratifs sur un même site. « Un étudiant trouvera dans ce lieu les réponses à toutes ses questions : son parcours commence par une borne sur laquelle il renseigne son problème. Ce dernier est traité de manière numérique, ou par la prise d’un rendez-vous. » Un dispositif lisible et clairement identifié : l’entrée de ce guichet unique donne sur rue.

« Ce point nous a paru assez clé : dans un contexte de compétition mondiale entre universités, la notion de service est relativement forte et doit compléter l’offre pédagogique », commente Charlotte Degoulet. Une notion mentionnée dans le cahier des charges pour le projet Campus 2022. Néanmoins, pas de guichet unique au programme de l’hôtel de l’Artillerie : « Lorsque l’on a commencé notre travail, il nous est apparu évident qu’il ne fallait pas d’un côté la très moderne et fonctionnelle Artillerie, et de l’autre le reste des bâtiments. Le projet doit irriguer l’ensemble de l’école. » Ainsi, « les observations faites à NYU ont confirmé l’intuition qu’avait Sciences Po de la nécessaire ouverture d’une sorte de guichet unique. Mais cela s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus large sur le grand campus. » 

 Entrée de la Stern School of Business de la NYU    Photo : D.R

Entrée de la Stern School of Business de la NYU 

Photo : D.R

Singapore Management University (SMU)

SMU a, entre autres, choisi de mettre l’accent sur le bien-être des étudiants. En cela, elle est intéressante, car sa configuration rappelle celle de Sciences Po : spécialisée notamment en droit et sciences sociales, cette université est située en plein milieu de la ville, proche de musées nationaux, tout comme l’IEP de Paris l’est du musée d’Orsay. La localisation de SMU, en centre ville, n’autorise pas l’installation de grands équipements sportifs. Pour pallier cela, l’université a installé un baby-foot pour vingt personnes ou encore une table de ping-pong tridimensionnelle. Des cours de yoga sont également dispensés, en plein air, sur le toit de SMU.

 Cours de yoga sur le toit de la SMU   Photo : Sciences Po

Cours de yoga sur le toit de la SMU

Photo : Sciences Po

« Avec le projet de l’Artillerie, nous aurons la chance de disposer de 5 000 m2 d’espaces extérieurs, il est essentiel de les valoriser en multipliant leur capacité à vivre tout au long de la journée, de la semaine et de l’année », commente Charlotte Degoulet. « Il est important de faire des tentatives », ajoute de son côté Lionel Lemire. « En ce sens, aménager des lieux pour le bien-être des salariés d’une université et de ses étudiants est utile : un élève n’est pas seulement un cerveau destiné à accumuler des données, et à les retranscrire ! Ses conditions de vie sont cruciales. » 

Photo d'accueil : LSE, crédit Mullom2

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