Alice Moireau, la gastronome et entrepreneure à l'esprit éclectique

Alice Moireau, la gastronome et entrepreneure à l'esprit éclectique

À 27 ans, Alice Moireau fait déjà partie des noms de la scène culinaire française. Cette alumna de Sciences Po (promo 21) a lancé sa marque d’art de la table en 2022 et, dans la foulée, a ouvert le Chalet Olivet, bâtisse qu'elle a rénovée. Émile est parti à la rencontre de cette entrepreneure et gastronome à l’esprit joyeusement éclectique.

Par Selma Chougar

Alice Moireau au chalet Olivet. (Crédits : Ludovic Balay)

Née dans un village du Loiret, Alice Moireau est la fille aînée de parents artistes peintres. Travailleuse acharnée et véritable couteau suisse, la jeune femme a toujours été une créatrice dans l’âme. Elle débute sa carrière dès le lycée : « J’ai commencé le mannequinat à 15 ans, et depuis je ne me suis pas arrêtée de travailler ». « J’ai toujours eu un emploi du temps assez varié, je séchais le lycée pour faire des castings », avoue-t-elle.

Elle se fait d’abord connaître sur Instagram pour sa carrière de mannequin en postant régulièrement du contenu autour de la mode mais, intérieurement, c’est la cuisine qui la passionne : « J’ai toujours voulu travailler dans le culinaire, ça a toujours été mon rêve mais je ne voulais pas m’enfermer dans le secteur de l’hôtellerie-restauration », confie la jeune femme. Elle fait le choix de se tourner vers des études de commerce, puis d’art et de communication.

Alice Moireau a intégré le master Communication, Médias et Industries Créatives de Sciences Po en 2019, après deux années d’études à l’École Estienne, en design et stratégie de communication. Elle se remémore ce parcours créatif avec enthousiasme : « C’était dur et incroyable à la fois, on avait beaucoup de travail en équipe, on était très autonome et indépendant ».

C’est véritablement durant le Covid qu’Alice Moireau décide d’assumer sa passion pour la cuisine sur les réseaux sociaux : « J’ai commencé à partager des recettes au début du premier confinement, deux mois plus tard j’avais doublé mon nombre d’abonnés », raconte-t-elle. Aujourd’hui, la gastronome rassemble plus de 98 000 abonnés sur Instagram et partage son intérêt pour l’esthétisme culinaire.

Livre Au pays d’Alice d’Alice Moireau et Paul-Henry Bizon

L’univers d’Alice Moireau commence alors à se propager au-delà de la sphère digitale. Pendant ses études à Sciences Po, elle publie son tout premier recueil de recettes : Au Pays d’Alice, paru aux éditions La Martinière en 2021, qu’elle co-signe avec l’écrivain Paul-Henry Bizon. Le livre lui ouvre alors les portes de la curation : « J’ai commencé à recevoir des offres pour organiser des dîners privés, et j’ai senti qu’il se passait quelque chose. Je n’avais aucune garantie, c’était moi et mon instinct, alors je me suis lancée », affirme l’alumna.

En 2021, à la fin de son alternance au Fooding, guide de restaurants et d’événements gastronomiques, elle se lance en indépendante dans l’organisation de dîners. Elle se fait accompagner par l’agent d’artistes Christophe Chobeaux.

Véritable cheffe d'orchestre, Alice Moireau s’occupe de la direction artistique des dîners dans leur intégralité : « Je choisis le lieu, la décoration, la musique, et je travaille sur le menu conjointement avec le chef ». Chaque détail est pensé avec le plus grand soin, de la calligraphie des invitations jusqu’à l’art de la table, en passant par le choix des invités : « Je ne fais pas d’influence creuse, l’idée n’est pas d’inviter des profils en fonction de leur nombre d’abonnés mais de se concentrer sur des personnalités venant de milieux créatifs divers », elle ajoute avec conviction : « C’est important d’avoir une représentation de tous les corps à ces dîners parisiens qui sont parfois très élitistes ».

« Je ne fais pas d’influence creuse, l’idée n’est pas d’inviter des profils en fonction de leur nombre d’abonnés mais de se concentrer sur des personnalités venant de milieux créatifs divers. »

Avec Table, Alice Moireau a souhaité « créer une marque joyeuse et colorée faisant la part belle au savoir-faire artisanal ». (Crédits : Jade Deshayes)

Son diplôme en poche, elle s’associe à Caroline Perdrix et fonde la marque d’art de la table, appelée tout simplement : Table. C’est alors le début d’une nouvelle aventure : « On a voulu créer une marque très joyeuse et colorée en faisant la part belle au savoir-faire artisanal ». Une identité que la marque tient à conserver sur toute la chaîne de production : « On fait tisser notre linge dans de petites usines dans les Vosges et en Bourgogne, le lin est français, le coton est bio, c’est du textile de grande qualité comme il ne va bientôt plus s’en faire ».

C’est un double standard pour les fondatrices à travers une main française et une esthétique originale : « On veut revaloriser ce terroir et ce savoir-faire tout en ajoutant des touches esthétiques plus déroutantes, dans le choix des couleurs par exemple, on va se diriger vers un turquoise, un lavande ou un jaune, alors que d’habitude c’est plutôt du bleu marine ou du rouge », explique-t-elle.

Le textile de table est le coeur de métier de la jeune marque. (Crédits : Léon Prost)

Nappes, torchons et tabliers, le cœur de métier de la jeune marque, c’est donc le textile de table, mais les fondatrices savent se diversifier en proposant une panoplie d’objets environnant la salle à manger : « On fait des sets de table tressés en paille, de la céramique, des objets en bois », raconte l’entrepreneure. Les femmes sont au cœur du processus de production de Table : « Toutes nos céramistes et nos tresseuses sont des femmes ». « C’est important pour moi de mettre à l’honneur le travail entrepreneurial des femmes et leur savoir-faire », ajoute-t-elle.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, la gastronome commence la rénovation de l'ancien chalet de location de ses parents. Situé au bord du Loiret, le Chalet Olivet est à l’origine une bâtisse en bois construite en 1862 par la délégation Suisse pour présenter leur savoir-faire dans la fabrication de bois. À la fin du XIXe siècle, le lieu est acheté par un propriétaire qui décide de déplacer la bâtisse dans le village natal d’Alice Moireau, Olivet. En 2007, sa mère rachète la maison pour en faire une location et un atelier de peinture. Mis en vente à la suite du décès de sa mère, le chalet sera oublié.

Le chalet Olivet rénové sous la direction d’Alice Moireau et de son frère. (Crédits : Jade Deshayes)

C’est ainsi que des années plus tard, Alice Moireau réalise le potentiel inhérent à ce lieu : « Lors du shooting de la campagne de lancement de Table, je me baladais à vélo dans mon village et repensais à ce chalet. Après avoir récupéré les clés, ouvert la porte, je m’émerveillais. » Accompagnée par son frère, elle décide de le rénover. S'ensuivent neuf mois de travaux qu’elle se remémore avec une nostalgie précoce : « C’était une expérience incroyable, j’ai adoré être sur un chantier entouré d’artisans et d’amis architectes qui m’ont aidée sur les plans ».

Pour la décoration, elle a suivi son instinct : « Je voulais une maison de campagne qui traverse les âges, un esprit désuet et intemporel ». Le chalet au bord de l'eau possède également un jardin très vert, une nature environnante que l’entrepreneure a souhaité mettre à l’honneur : « Je voulais mélanger les codes de l’extérieur et de l’intérieur, pour avoir une impression de dedans-dehors », raconte-elle.

Alice Moireau voulait « une maison de campagne qui traverse les âges, un esprit désuet et intemporel ». (Crédits : Jade Deshayes)

Alice Moireau n’a pas fini de nous surprendre puisqu’elle a entamé l’écriture de son deuxième livre de recettes, toujours accompagnée par l’auteur Paul-Henry Bizon, qui paraîtra en septembre 2024 aux éditions de La Martinière. Table faisant son bout de chemin, Alice Moireau reste toujours à la recherche de nouvelles cabanes coup de cœur à retaper au bord de l’eau.

Alice Moireau (Crédits : Jade Deshayes)



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