Débat - Emmanuel Macron, un an après : quel bilan ?

Débat - Emmanuel Macron, un an après : quel bilan ?

Que pensent les anciens camarades d’Emmanuel Macron à Sciences Po de sa première année à la tête de l’Etat ? Un an après son élection, et à l'occasion de la sortie du livre d'Anne-Sophie Beauvais, On s'était dit rendez-vous dans vingt ans (Plon), qui revient sur cette génération des quadragénaires qui a pris le pouvoir, Émile a réuni, lors d’une conférence, six diplômés de la promo 2001. Du PS, aux Républicains, en passant par LREM, qu'ils soient élus ou journalistes, communicants ou encore sondeurs…ils ont parlé avec beaucoup de franchise de cette première année « macronienne ». Retour sur leurs interventions. 


 De gauche à droite : Cécile Calla, Adélaïde Zulfikarpasic, Anne-Sophie Beauvais, Éric Lejoindre, Hugues Renson, Gaspard Gantzer et Maël de Calan 

De gauche à droite : Cécile Calla, Adélaïde Zulfikarpasic, Anne-Sophie Beauvais, Éric Lejoindre, Hugues Renson, Gaspard Gantzer et Maël de Calan 

Invités : Cécile Calla, journaliste spécialiste des questions franco-allemandes ; Adélaïde Zulfikarpasic, Directrice de BVA Opinion ; Anne-Sophie Beauvais, directrice de Sciences Po Alumni et auteure du livre "On s'était dit rendez-vous dans vingt ans" ; Éric Lejoindre, Maire PS du 18ème arrondissement ; Hugues Renson, député LREM et Vice-Président de l’Assemblée nationale ; Gaspard Gantzer, ancien conseiller chargé de la communication de François Hollande et fondateur de l’agence « 2017 » ; Maël de Calan, Conseiller départemental LR du Finistère. 


Un Président populaire ? 

Pour débuter cette conférence, Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion, a présenté les grands enseignements de l’enquête qu’elle a mené sur la perception qu’ont les Français de la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron.  

Le résultat est assez ambivalent : un Français sur deux se déclare insatisfait de l’action du président, même si les personnes interrogées sont en majorité en accord avec les réformes qu’il a menées : « Depuis le début du quinquennat, on constate que les personnes ayant un jugement négatif sur l’action de l’exécutif citent des mesures précises, des projets, des réformes, comme la suppression des contrats aidés, de l’ISF, de la CSG. En revanche, ceux qui soutiennent Emmanuel Macron ne nous citent aucune mesure, plutôt des traits  d’image : qu’il est dynamique, réformateur, qu’il tient ses engagements, mais derrière il y a un vide de contenu, puisque pour l’instant aucune mesure positive n’a marqué l’esprit des Français. À ce vide de contenu, s’ajoute parfois le risque d’un vide de sens puisque certains Français donnent l’impression d’adhérer à la politique menée par le président, non par adéquation idéologique à des valeurs, mais par pragmatisme, en disant : ‘’il faut réformer le pays même si des mesures sont injustes’’. »

Emmanuel Macron est-il le « président des riches » ? 

Hugues Renson, député LREM et Vice-Président de l’Assemblée nationale, réfute cette critique : « ’’Président des riches’’, c’est une attaque politique, une formule qui fonctionne plutôt bien. Mais c’est une étiquette qui ne lui correspond pas. Le ‘’président des riches’’ n’est pas celui qui supprime la taxe d’habitation, qui permet le dédoublement des classes dans les quartiers populaires, ou qui augmente les minima sociaux. Il faut donc être attentif à la vision globale de la politique qui est menée. »

Il concède néanmoins qu’il est nécessaire de répondre à cette critique : « Il est important pour nous, membres de la majorité, de comprendre comment on en est arrivé à cette image et comment on peut faire entendre une autre musique. Il y a pour moi deux enjeux majeurs : un enjeu de communication, et un enjeu d’analyse qui consiste à identifier précisément les attentes des Français. » 

Hugues Renson a également souhaité revenir sur cette image de pragmatisme exacerbée qui peut caractériser En Marche aujourd’hui et qui peut aussi expliquer cette perception d’Emmanuel Macron comme « Président des riches » : 

 « Il va falloir qu’on rentre dans une politique de la preuve pour pouvoir faire en sorte de changer la perception des Français », déclare le vice-président de l’Assemblée. « On sera jugés sur nos résultats, et non pas sur les grandes doctrines macroéconomiques ou de transformation du modèle politique et social. Ce que nous voulons, c’est avoir une incidence concrète sur leur vie, et ça, je crois que c’est tout l’enjeu de notre majorité aujourd’hui. »

Le PS parti d’opposition ? 

Eric Lejoindre, maire PS du 18ème arrondissement, est ensuite intervenu sur l’avenir du PS, notamment sur ses capacités à jouer son rôle de parti d’opposition à un moment où il est en grande difficulté : « Le socialisme n’est pas mort parce que la gauche n’est pas morte ».

Il explique ensuite les raisons de cette conviction profonde : « Je ne crois pas à la disparition des clivages, ni à la disparition de la gauche et de la droite dans la tête des Français et dans la vie politique. Je pense qu’au contraire il y a une nécessité, un besoin démocratique, d’une alternance réelle. Et c’est pour ça que le PS a une capacité d’exister. » 

Il explique également que les difficultés actuelles du PS s’inscrivent dans une crise des partis sociaux-démocrates dans de nombreux pays européens tels que l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et au-delà en Europe Centrale et Orientale, mais qu’à terme le PS arrivera à vaincre ses difficultés, car il reste de nombreux élus socialistes partout en France qui sont pleinement engagés dans leur rôle, mais aussi car la vision du quinquennat Hollande commence à évoluer vers quelque chose de plus positif. Il conclut : « Il est important que la gauche continue d’exister, c’est une nécessité démocratique de pouvoir penser l’alternance, l’alternative, et notamment ailleurs que dans les extrêmes. »

L’importance des idées 

Gaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande, a tenu à rappeler que malgré certains ratés, le quinquennat précédant a été marqué par plusieurs réformes d’envergure aux résultats positifs, et qu’il pense lui aussi que le regard sur les résultats du Président Hollande va changer : « Je pense que dans quelques années on verra ce bilan de façon différente. On reconnait les erreurs nombreuses qui ont pu être commises pendant 5 ans, mais il y a aussi des choses positives. À titre personnel, je serai toujours fier qu’on ait fait Le Mariage pour Tous, ou l’Accord de Paris sur le Climat. Je ne sais pas ce qui reste du socialisme aujourd’hui, mais en tout cas, on peut être fier de son passé. » 

Il a également ajouté que les socialistes faisaient de très belles choses au niveau municipal, mais que les difficultés que le PS rencontre allaient être difficiles à surmonter parce que le parti a sous-estimé le besoin de renouvellement de la classe politique et des pratiques. Contrairement à Emmanuel Macron nous dit-il : « Les socialistes ont certainement sous-estimé le profond besoin de renouvellement de la classe politique et de la société. Emmanuel Macron l’a compris et c’est pour cela qu’il a explosé avec facilité le paysage politique en 2017. »

Par ailleurs, Gaspard Gantzer a souhaité rappeler l’importance des idées en politiques, qui selon lui vont prendre l’ascendant sur les partis politiques : « Les appareils politiques sont mortels, en revanche, les idées ne meurent pas. » Il ajoute : « Les idées n’appartiennent à personne, ni aux partis politiques, ni aux personnalités, elles appartiennent à ceux qui s’en saisissent à l’occasion des échéances électorales, Je suis persuadé que c’est cela qui va prendre l’ascendant aujourd’hui, ces idées, et les personnes qui vont les porter, plus que les partis politiques en tant que tels. »

Où en est le clivage gauche-droite ? 

Maël de Calan est en profond désaccord avec l’intervention de Gaspard Gantzer : il croit profondément au rôle des partis politiques et dans l’importance du clivage gauche-droite. Pour lui, ils sont les médiateurs de la vie démocratique de notre pays, et permettent de faire des choix selon nos convictions : « Aujourd’hui, les gens détestent les partis politiques et n’adhèrent plus au clivage gauche-droite parce qu’ils sont assimilés l’un et l’autre à une forme de mauvaise foi, une incapacité des partis à travailler avec le camp d’en face, et une propension à défaire ce que les prédécesseurs avaient fait. Mais en réalité, les partis arrivent à résumer des choix très nombreux et très complexes. Il n’y a plus de vie démocratique possible si le vote se base sur le marketing, une bonne communication, une bonne tête, ou un bon slogan. » Il ajoute par ailleurs : « La politique ce ne sont pas uniquement des grandes orientations, ce ne pas que des valeurs, même si elles sont importantes, ce sont aussi les petites lignes. Ce n’est pas à coup de slogans qu’on transforme la réalité, c’est à coup de politiques publiques. » 

Hugues Renson, qui lui ne croit pas au clivage gauche-droite a tenu à lui répondre : « Je crois que la politique a toujours été présente en France, et aujourd’hui même peut-être plus que ce qu’elle ne l’était auparavant, mais on parle ici de la politique au sens noble. Les Français sont passionnés de politique, ils en parlent tout le temps, dès que le pays est attaqué ils descendent instinctivement dans la rue pour défendre un certain nombre de causes, de valeurs, ils sont également attachés à l’engagement associatif. En revanche, la structuration en partis politiques, en vieilles chapelles politiques est dépassée, et n’intéresse pas les Français. On parle ici de professionnels de la politique qui restent ensemble sans partager la moindre conviction. Et nous le voyons au Parlement, au quotidien, où ils sont dans une situation assez étonnante puisqu’ils pourraient voter un certain nombre de dispositifs mais ils ne le font pas parce qu’ils sont prisonniers de ces engagements politiques partisans. » 

Il ajoute : « Je crois que l’enjeu pour En Marche c’est de savoir si nous sommes un accident de l’histoire, un concours de circonstance ou si il y a définitivement  une restructuration de la vie politique française autour de trois grandes familles politiques : une droite ultra conservatrice, une gauche radicale et un pôle central ». 

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« Je pense qu’on est aujourd’hui véritablement dans une phase de transition », a tenu à préciser Adélaïde Zulfikarpasic. « Les Français aspirent à une politique qui serait faite autrement, avec des appareils de partis différents, des institutions renouvelées, un personnel politique lui aussi nouveau. En même temps, on constate la persistance du clivage gauche-droite : lorsqu’on interroge les Français aujourd’hui, en leur demandant de s’auto-positionner sur l’échelle gauche-droite, ils sont encore capables de le faire. Certes, certains nous disent ‘’je me positionne plutôt au centre’’, mais ce n’est pas nouveau. Par ailleurs, en termes de leurs attentes, de leurs axes prioritaires, nous n’avons pas les mêmes résultats selon là où ils se situent. On voit donc que cette ligne de clivage a persisté, et je pense que l’enjeu pour les politiques c’est d’inventer demain une nouvelle manière de faire de la politique en faisant coexister les valeurs profondes qui peuvent animer les Français et une nouvelle manière de faire de la politique ».

Les Républicains dans la tourmente 

Le PS n’est pas le seul parti traditionnel à être dans la tourmente. Les Républicains ont également été bousculés par l’élection d’Emmanuel Macron. Maël de Calan, ancien candidat à la présidence du parti face à Laurent Wauquiez a été invité à réagir aux divergences politiques qui traversent actuellement LR : « si il y a un clivage qui est en train de fracturer la droite, ce n’est pas un clivage idéologique, c’est un clivage entre une culture de gouvernement et une culture centrée autour de la contestation, du populisme. Je crois qu’il y a une droite qui continue à accepter que la réalité est plus compliquée que les programmes et les slogans de campagne, qui veut mettre les mains dans le cambouis quitte à être un peu moins brillante dans ses démonstrations d’estrade ; cette droite de gouvernement, qui sait comme Raymond Aron qu’à un moment il faut savoir proposer des choses qui marchent. Et vous avez une deuxième droite qui tend vers une forme de populisme, qui a décidé de se contenter d’une forme de contestation et d’une culture du slogan sans se demander si ce qu’elle propose est applicable ou non ».

Il ajoute : « Si la droite se fracture aujourd’hui c’est entre une droite qui se concentre sur l’exercice du pouvoir et qui souhaite s’y préparer, avec humilité, exigence et modestie et une autre droite qui se concentre sur la conquête du pouvoir à n’importe quel prix. Les mois qui viennent nous dirons si ce clivage culturel aboutit à deux droites irréconciliables, c’est encore quelque chose qu’on peut éviter, mais on s’y dirige à grande vitesse. » 

L’image d’Emmanuel Macron chez nos voisins allemands 

« En mai dernier, un sondage a révélé que 73% des Allemands ont répondu être prêts à élire Emmanuel Macron à la tête de leur pays », révèle Cécile Calla, journaliste spécialiste des questions franco-allemandes. « Après son élection on a vraiment eu une vague de ‘’Macronmania’’ avec des déclarations d’admiration, toute une série de publications, d’ouvrages, on avait l’impression que les Allemands redécouvraient la France. À Berlin, le Président français a dit quelque chose de très important à savoir que c’est à la France de restaurer la confiance avec l’Allemagne en réformant le pays et cela a été remarqué et très apprécié ». 

Mais un an après son élection, les Allemands sont un peu plus nuancés sur les actions d’Emmanuel Macron, notamment concernant l’Union européenne et sa volonté de la réformer : « À chaque fois que les Français formulent des propositions pour réformer l’Europe et notamment la zone euro les Allemands se disent ‘’ ils vont nous demander de l’argent c’est sûr’’. Les Allemands ont très mal vécu toute cette période de  la crise de l’euro, les plans d’aide à la Grèce ont été interprétés en tant que ‘’nous Allemands nous sommes obligés de donner de l’argent à des pays pauvres, qui sont paresseux, qui n’ont pas fait les réformes nécessaires, alors que chez nous les retraités se serrent la ceinture, et nous avons baissé nos salaires…  »

Emmanuel Macron ou le renouveau politique ? 

« Je crois qu’on a basculé dans une autre époque, un autre moment politique », affirme Gaspard Gantzer. « Et je pense que le meilleur est devant nous, on en est qu’au début du chambardement, pas du tout à la fin. La promesse d’Emmanuel Macron c’est la politique autrement. Il y a beaucoup de choses qui ont été faites pour que cela soit le cas : l’élection d’un président de moins de 40 ans, le renouvellement profond de l’Assemblée Nationale, un parlement plus jeune, plus féminin avec beaucoup de gens qui viennent de la société civile, tout comme dans le gouvernement. La question qui se pose est : est-ce que LREM au pouvoir se comportera avec exemplarité ? Parce que si il devient un parti politique comme les autres avec ses chefs, ses sous chefs, ses comités politiques, ses référents départementaux c’est sûr qu’il sera mal barré. » 

Transformer la façon de faire de la politique a été central dans l’accès au pouvoir d’Emmanuel Macron. La création d’En Marche, mouvement politique assez singulier dans le paysage politique français est un des éléments clés de ce renouveau. Mais tous ne voient pas que des avantages à ce type de structure novatrice. Éric Lejoindre, par exemple, est particulièrement attaché aux modes de fonctionnements classiques, qui sont plus démocratiques et cohérents selon lui : « Ce n’est pas un hasard si l’ensemble des grandes démocraties est organisée autour de grands partis. Bien sûr qu’il ne faut pas avoir des partis dont les modes de fonctionnements soient semblables à ce que nous connaissions il y a 30 ans, mais il faut une structure et une forte démocratie interne, qui a du sens, c’est comme ça qu’on engage les militants, sinon il n’y a plus de débat possible ». 

Le maire du 18ème conclut sur ces mots : « On ne crée pas une communauté politique sans ces éléments, on ne crée pas un destin sans cela, et on ne crée pas une démocratie qui avance sans cela. Sinon nous risquons de finir avec des taux de participation à 30 ou 40% comme aux États-Unis. Je pense que c’est aussi la richesse de la démocratie française et des grandes démocraties. » 

 Conférence Emmanuel Macron : un an déjà ! en amphithéâtre Jacques Chapsal au 27 rue Saint Guillaume&nbsp;

Conférence Emmanuel Macron : un an déjà ! en amphithéâtre Jacques Chapsal au 27 rue Saint Guillaume 

Propos recueillis par Alexandra Slon

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