Quand les auteurs se lancent dans l'autoédition

Quand les auteurs se lancent dans l'autoédition

D’après les données de la Bibliothèque nationale de France (BnF), le nombre de titres autopubliés a été multiplié par 10 entre 2009 et 2024. Sommes-nous face à une mutation du secteur de l’édition ou les auteurs cherchent-ils, simplement, à être repérés par un éditeur ? Décryptage d’un nouveau phénomène. 

Par Thibault Le Besne (promo 24)

Clovis Villette s’est lancé dans l’auto-édition pour son premier roman. (Crédits : Solèn Croiset)

L’autoédition représente désormais un quart des dépôts légaux à la BnF. C’était 3 % en 2009.

L’autoédition, un tremplin ?

En juillet 2025, Clovis Villette (promo 22) a publié Dissolution, un roman mêlant politique, amour et écologie radicale. En un mois, il avait réuni une centaine de lecteurs. La particularité de ce lancement : son lectorat ne s’est pas rendu en librairie. Après avoir envoyé son manuscrit à sept maisons d’édition, Clovis a publié son texte sur Kindle Direct Publishing (KDP), la plateforme d’autoédition d’Amazon.

Les plateformes offrent avantages et inconvénients. Du côté des droits d’auteur, KDP promet de reverser jusqu’à 70 % des revenus des ventes à l’auteur, de quoi attirer les écrivains. Dans les faits, après avoir déduit les frais d’impression, les taxes et autres charges, Clovis gagne environ 6 euros sur 20 pour chaque livre vendu. S’il était publié par une maison d’édition, il toucherait entre 1 et 2 euros.

Amazon permet aussi d’imprimer au coup par coup et de modifier le livre à chaque instant, pour corriger des coquilles, changer la couverture ou adapter le scénario en fonction des lecteurs. En revanche, le livre ne sera pas distribué en librairie.

« Dès qu’il y a pas mal de ventes sur Amazon, des éditeurs viennent te chercher pour reprendre le livre et faire des bénéfices avec . »
— Clovis Villette

L’autrice Freida McFadden, autoéditée pendant une décennie, a connu le succès sur Amazon avant d’être récupérée par un éditeur.

L’objectif reste d’être repéré par un éditeur. Pour cela, Clovis fait de la publicité sur Amazon, facturée « à peu près 50 centimes le clic ». Il cherche aussi à recueillir des commentaires et des critiques dans la presse afin de renforcer sa crédibilité auprès des maisons d’édition. « Dès qu’il y a pas mal de ventes sur Amazon, des éditeurs viennent te chercher pour reprendre le livre et faire des bénéfices avec », assure Clovis.

Notons qu’E.L. James (Cinquante nuances de Grey) et Agnès Martin-Lugand (Les gens heureux lisent et boivent du café) ont commencé leur carrière d’écrivain en publiant leurs livres en ligne. Après avoir réuni de nombreux fans sur internet, l’autrice de romance Lhattie Haniel a été enrôlée chez Prisma, filiale de Hachette, qui a édité sa série à succès Le Chat. Tandis que sa consœur Freida McFadden, autoéditée pendant une décennie, a connu le succès sur Amazon avant d’être récupérée par un éditeur. Le thriller La Femme de ménage est devenu un best-seller vendu à plus de 4,5 millions d’exemplaires.

Cet article a initialement été publié dans le numéro 34 d’Émile, paru en novembre 2025.



Le phénomène "romance"

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