Le volontarisme des maires

Le volontarisme des maires

Quel est l’état d’esprit des maires, alors qu’un premier ou un nouveau mandat se profile ? Éléments de réponse avec Martial Foucault, dont la huitième enquête annuelle du Cevipof est plus optimiste qu’attendu.

Par Thomas Arrivé

Martial Foucault est directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), professeur des universités à Sciences Po. (Crédits : Elise Colette / Sciences Po)

Démobilisés, les élus locaux ? Ce n’est pas le constat que fait Martial Foucault, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), professeur des universités à Sciences Po, et auteur, avec Éric Kerrouche, de la huitième enquête annuelle du Cevipof sur l’état d’esprit des maires. Dès novembre 2025, 60 % des maires avaient déjà décidé de se représenter. Pour Martial Foucault, « il n’y a donc pas de crise des vocations. C’est dix points de mieux qu’il y a six ans ». 

Vieillissement de la fonction

La fonction est pourtant difficile. « Un maire sur deux doit exercer une activité professionnelle pour vivre. Or les employeurs des maires sont beaucoup moins conciliants qu’ils ne le sont, par exemple, avec les pompiers volontaires. La fonction peut occuper 20 à 25 heures par semaine (50 dans les communes de plus de 10 000 habitants). J’ai rencontré le cas d’un cadre bancaire, élu en Bretagne, qui avait été généreusement félicité par son employeur en 2014, un peu moins lors de sa réélection en 2020 : pour 2026, la banque lui a carrément demandé de choisir. Et c’est un choix difficile pour les maires sortants s’ils ne sont pas réélus. Logiquement, 40 % des maires sont retraités. Il y a un vieillissement de la fonction. Il y a également une sous-représentation du monde ouvrier. »

« Un maire sur deux doit exercer une activité professionnelle pour vivre. Or les employeurs des maires sont beaucoup moins conciliants qu’ils ne le sont, par exemple, avec les pompiers volontaires. »
— Martial Foucault

Le dernier mandat a vu le doublement des démissions : près de 400 par an, contre 200 lors du mandat antérieur, et 100 pour celui d’avant. « On pointe hâtivement la montée des incivilités et des violences. C’est en partie vrai : les insultes sur internet sont devenues alarmantes. Mais la plupart des démissions viennent de conflits dans l’équipe municipale. À l’évidence, le confinement qui a immédiatement suivi le scrutin de 2020 n’a pas aidé à l’installation des conseils élus. »

Honorer les promesses du mandat précédent

Mais le plus souvent, les maires ne se laissent pas intimider par les difficultés. Il y a même continuité, selon l’enquête du Cevipof. Cette volonté de « rempiler » en 2026 s’explique notamment par une frustration : celle de n’avoir pas réalisé les promesses du mandat précédent. « Depuis 2020, les crises se sont enchaînées – sanitaire, énergétique, inflationniste – alors même que de nombreuses aspirations étaient nées, localement, du mouvement des “gilets jaunes” et du grand débat national. Le mot projet, qui sonne très “secteur privé”, revient souvent dans leurs propos. Et justement, ils ont un sentiment d’inachevé : ces projets n’ont pas eu le temps d’aboutir. »

Un enjeu de cohésion sociale

Autre conclusion de l’enquête du Cevipof : des divergences existent entre les aspirations des maires et celles de leurs administrés (la comparaison est possible grâce à une enquête sur les Français réalisée en juillet 2025). En ces temps de contraintes budgétaires, les citoyens sont prêts à ce qu’on fasse des coupes dans le soutien aux associations, à la culture, au sport, pour privilégier plutôt les dépenses de voirie. À l’inverse, les maires estiment que les chantiers de voirie peuvent être reportés alors que le soutien au tissu associatif et aux activités de loisirs est indissociable de la cohésion sociale. Dans ce contexte, le sujet très médiatique de la sécurité, lié aux reportages sur le trafic de drogue, revient finalement peu dans les propos des uns et des autres : « Il y a une aspiration à la tranquillité, indique Martial Foucault. Mais les maires et leurs administrés font moins valoir un problème sécuritaire, policier, qu’une préoccupation globale sur le vivre-ensemble. »

« Il y a une aspiration à la tranquillité. Mais les maires et leurs administrés font moins valoir un problème sécuritaire qu’une préoccupation globale sur le vivre-ensemble. »
— Martial Foucault

Quel bilan les maires font-ils de leur mandat ? À cette question posée par le Cevipof, la réponse met en évidence une certaine autocélébration. Les maires estiment que la situation de leur commune s’est améliorée durant leur mandat. Pourtant, le pessimisme est aussitôt de mise quand on parle de l’avenir : les choses vont se dégrader.

« Dans ce cas, explique Martial Foucault, les maires relaient l’incompréhension des citoyens à l’encontre de l’État et des normes. Ils souffrent aussi d’un manque de reconnaissance. Bruno Lemaire, ministre des Finances, avait accusé les collectivités de dérapage financier, ce que l’Insee avait aussitôt démenti. La dette des communes est de 800 euros par an et par habitant, contre 50 000 euros pour celle de l’État. C’est ce que fait valoir l’Association des maires de France : si les communes doivent faire des efforts, c’est seulement dans cette proportion. L’État répond qu’elles doivent contribuer à la hauteur de leurs attributions. On touche là au hiatus essentiel. Avec la décentralisation de 1982, les collectivités ont gagné des compétences. Depuis, l’État a recentralisé les moyens budgétaires en empêchant les communes de lever la plupart des impôts. La présidence Macron n’a jamais été aussi recentralisatrice. Il y a une méfiance de l’État à l’encontre de la démocratie locale et une exaspération des maires devant ce paternalisme. »

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