Les livres politiques de février 2026

Les livres politiques de février 2026

Au cours des mois de janvier et février, de nombreux livres écrits par des Sciences Po ont été publiés, abordant notamment les enjeux démocratiques et la question des élections municipales à venir. Émile vous partage sa sélection.

Par Adèle Audouy et Charlotte Martin


Focus démocratie et élections municipales


Le casse-tête démocratique : l'avenir des communes françaises

Partant du constat que la commune reste aujourd’hui le dernier espace de confiance politique dans un pays traversé par une crise démocratique profonde, les auteurs montrent que cette démocratie de proximité est à la fois nécessaire, pertinente, mais elle-même fragile et sous tension. Travail d’enquête à l’appui, le livre met en lumière ce paradoxe d’un attachement fort à l’échelon communal et ses représentants, combiné à une capacité d’action de plus en plus contrainte : fatigue des élus, tensions sociales locales, contraintes institutionnelles et réformes insuffisantes. Autant de facteurs qui menacent la capacité des communes à fonctionner pleinement.

À rebours des discours simplificateurs appelant à une centralisation accrue, l’ouvrage propose ainsi un diagnostic lucide et nuancé des difficultés auxquelles sont confrontées les communes françaises, tout en mettant en débat une série de propositions concrètes pour renforcer la vie démocratique locale et permettre aux maires de continuer à décider, agir et associer les citoyens dans un contexte politique national instable.

Les auteurs

Martial Foucault est directeur de l’IRSEM et professeur des universités à Sciences Po. Il a dirigé le Cevipof de 2014 à 2024 et dirige, depuis 2021, la Chaire Outre-mer à Sciences Po. Ses recherches portent notamment sur les comportements politiques, la politique municipale et l’opinion publique.

Eric Kerrouche est directeur de recherche au CNRS, sénateur depuis 2017 et vice-président de la Délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation. 

Le casse-tête démocratique : l'avenir des communes françaises, Editions de l’Aube, Martial Foucault, Eric Kerrouche. 176 pages, 18 €.


Inventaire des peurs françaises

La peur, fléau archaïque de nos sociétés, sévit dans la vie personnelle comme collective française sous bien des formes dont cet ouvrage nous propose un inventaire exhaustif, de l’éco-anxiété à l’angoisse d’un retour de la guerre. Les auteurs mêlent données électorales et résultats d’une enquête d’opinion inédite pour déchiffrer les ressorts politiques de ces peurs contemporaines plurielles non régulées. 

Si les institutions faillissent aujourd’hui à conjurer les angoisses des citoyens, le politique est lui-même objet de peur, d’autant plus quand cette dernière se trouve instrumentalisée par les populismes. Ces « passions tristes », déterminants cardinaux des choix électoraux, deviennent le terreau alimentant la théorie du complot, la perte de confiance dans le collectif et les institutions ainsi que la réémergence d’une sensibilité autoritaire.

Les auteurs 

Pascal Perrineau (promo 74) est politologue, professeur émérite des Universités à Sciences Po où il a dirigé le Centre de recherches politiques (Cevipof) de 1992 à 2013. Ses recherches portent sur les clivages politiques et l’analyse de l’extrême droite en France et en Europe. Il est également l’ancien président de Sciences Po Alumni. 

Anne Muxel (promo 99) est directrice de recherches en sociologie et en science politique au CNRS. Ses travaux s’intéressent à la fabrique des identités individuelles et collectives et des formes du lien des individus au système démocratique. Elle a publié de nombreux ouvrages, en particulier sur la transmission intergénérationnelle des attitudes et comportements tels que Les jeunes et la politique ou encore La politique au fil de l’âge.

Inventaire des peurs françaises, Editions Odile Jacob, Anne Muxel, Pascal Perrineau. 256 pages, 22.90 €.


La maison aux piliers: Comment nous avons changé Paris

La « Maison aux piliers », surnom de l’Hôtel de Ville de Paris, est actuellement au coeur de la bataille électorale des municipales de 2026. Pierre Lombard en a arpenté les couloirs durant six ans en tant que directeur adjoint du cabinet de la maire. Une position privilégiée pour détailler par le menu les changements récents apportés à la ville Lumière, résultant de choix politiques locaux, de décisions administratives et de contraintes budgétaires.

Pierre Lombard nous raconte, de l’intérieur, la manière dont la municipalité parisienne dirigée par Anne Hidalgo s’est peu à peu émancipée de la tutelle de l’État pour s’imposer comme un acteur central ayant un impact immédiat sur le quotidien des Parisiens, que ce soit en termes de logement, d’urbanisme ou encore de politiques sociales -même si le bilan est vivement débattu. Derrière cet exemple assez emblématique de Paris, c’est toute une réflexion sur la démocratie locale et ses enjeux notamment de proximité avec le citoyen que propose cet ouvrage.

L’auteur

Pierre Lombard (promo 12) est maître des requêtes au Conseil d’État. Ancien directeur adjoint du cabinet de la maire de Paris, Anne Hidalgo, il a piloté les sujets d’aménagement de l’espace public et l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques au sein de la ville.

La maison aux piliers. Comment nous avons changé Paris, Stock, Pierre Lombard. 256 pages, 20 €.


Accréditée. Sept ans au Palais de Macron

La journaliste Ania Nussbaum retrace ses sept années d’observatrice privilégiée sous les ors du Palais de l’Elysée. Accréditée sous une présidence peu accommodante à l’égard du “septième pouvoir”, la journaliste nous offre une virée dans les coulisses d’un Palais fourmillant où les petites mains officiantes jouissent souvent davantage des bonnes grâces de celui qu’elle qualifie de Président-Soleil que la multitude de conseillers aux surnoms fleuris gravitant autour de lui. 

L’exercice relève du sprint, au rythme fort soutenu et où l’imprévu est la norme, comme le résume avec justesse le conseil bien avisé de la prédécesseure d’Ania Nussbaum: “mange quand tu peux, dors quand tu peux, pisse quand tu peux”. Des racines de l’ascension au pouvoir d’Emmanuel Macron au rôle de l’ombre tenu par son épouse Brigitte en passant par la gestion des crises successives des deux mandats présidentiels, Ania Nussbaum déroule un récit enlevé sur les rouages du pouvoir où il lui faut, pour mener son travail à bien, constamment jongler entre des “élements de langage” très formatés et une mise en scène soigneusement léchée de l’image de la Couronne.

L’autrice

Ania Nussbaum (promo 2013) est correspondante pour Bloomberg News, spécialisée dans la politique économique, la vie politique française et les relations internationales depuis 2019. Elle a travaillé à Washington et Londres, et écrit en français et en anglais. Après des débuts aux Dernières Nouvelles d’Alsace, elle a été publiée par le Wall Street Journal, le Financial Times, Le Monde

Accréditée. Sept ans au Palais de Macron, Le Seuil, Ania Nussbaum. 336 pages, 19.50 €.


Sauver la démocratie sociale. Du conflit au contrat 

Ce livre collectif analyse l’impasse du dialogue social en France comme le produit de dysfonctionnements structurels. Syndicats et organisations patronales affaiblis, fragmentés voire en déficit de légitimité, peinent à représenter efficacement le monde du travail. Cette faiblesse alimente une culture de la conflictualité et conduit l’État à se substituer aux partenaires sociaux plutôt qu’à encadrer leur autonomie.

Les auteurs retracent les tentatives de réforme depuis les années 1960 et les transformations du droit du travail jusqu’aux ordonnances Macron. Si ces évolutions ont formellement renforcé la négociation collective, elles ont produit des résultats décevants : les acteurs se saisissent peu des nouvelles marges offertes, tant au niveau de l’entreprise que des branches et de l’interprofessionnel, faute de confiance, de rapports de force stabilisés et de capacité à construire des compromis durables.

Le livre conclut que la démocratie sociale française est enfermée dans un cercle d’impuissance et de déresponsabilisation. Pour en sortir, les auteurs appellent à une transformation profonde des règles du jeu afin de renforcer la responsabilité des partenaires sociaux et de faire émerger une démocratie sociale fondée sur le contrat — garant de légitimité et de responsabilité – plutôt que sur le conflit.

Les auteurs

Guy Groux (promo 86) est directeur de recherche CNRS au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Il enseigne dans plusieurs filières de 3e cycle, notamment à Sciences Po, l’ENS (Ulm-Cachan) et l’ESCP-EAP.

Gilbert Cette est professeur d’économie à NEOMA Business School. Il a notamment travaillé à la Banque de France, préside actuellement le Groupe d’experts sur le SMIC et est membre du Conseil national de la productivité (CNP).

Richard Robert est directeur de la rédaction de la revue en ligne Telos, qu’il a cofondée. Ancien rédacteur en chef de la revue Cadres (2002-2009), il a enseigné à Sciences Po et à l’ENA, et dirigé pendant six ans la Paris Innovation Review.

Sauver la démocratie sociale: Du conflit au contrat, Calmann-Lévy, Guy Groux, Gilbert Cette, Richard Robert. 220 pages, 19.50 €.


L’éternel sursaut. Une histoire confiante de la France

Nicolas Bouzou propose, avec L’éternel sursaut, un essai d’interprétation historique à l’optimisme bienvenu en ces temps troublés. S’appuyant sur de nombreuses recherches, l’économiste retrace l’histoire d’une nation française qui a su rebondir au bord de l’abîme, et ce à maintes reprises. L’illustration la plus frappante en est peut-être l’exceptionnelle réaction républicaine des Français au lendemain de la défaite de 1870 contre la Prusse, qui ouvre contre toute attente la flamboyante période de la Belle Epoque. 

Dépeinte comme une nation singulière, la France apparaît sous la plume de Nicolas Bouzou comme capable de sursauts salvateurs, même au cœur des violentes crises institutionnelles, politiques ou encore sociales qui ont traversé son histoire depuis l’ère de Clovis. Une capacité de résilience et de résistance à même de constituer une leçon de confiance pour le présent comme pour l’avenir. La morale de cet essai est claire : il ne faut jamais désespérer de la France. 

L’auteur

Nicolas Bouzou (promo 99)  est consultant en économie, ainsi qu’essayiste et éditorialiste. Auteur de nombreux best-sellers sur le monde contemporain, il a notamment publié La Civilisation de la peur en 2024.

L’éternel sursaut. Une histoire confiante de la France, Editions XO, Nicolas Bouzou. 295 pages, 20.90 €.


L’argent et le pouvoir. Elysée-Bercy, les liens secrets

Ce livre analyse la centralité croissante de Bercy dans l’exercice du pouvoir politique sous la Ve République. À travers le rôle des ministres de l’Économie et des Finances et de la haute administration, Jannick Alimi montre comment le contrôle du budget, de la dépense publique et des arbitrages financiers a progressivement fait de Bercy un véritable « Matignon bis » selon les mots de l’autrice, c’est-à-dire un ministère étroitement articulé à l’Élysée et parfois plus influent que le Premier ministre. 

L’ouvrage met ainsi en lumière les tensions entre responsables politiques et administration économique, ainsi que le poids structurant de cette dernière sur les décisions présidentielles. Il interroge enfin les conséquences démocratiques et sociales de cette domination de la rationalité budgétaire dans un contexte où les choix financiers pèsent directement sur le modèle social et les équilibres institutionnels à l’approche d’échéances politiques décisives.

L’autrice

Jannick Alimi a été cheffe du service économie du Parisien puis rédactrice en chef adjointe au service politique du quotidien. Diplômée de Sciences Po et licenciée en droit, elle est l'auteur d'un roman et de deux essais.

L’argent et le pouvoir. Elysée-Bercy, liens secrets, Plon, Jannick Alimi. 192 pages, 19 €.


Enjeux internationaux


Par-delà la puissance et la guerre : La mystérieuse énergie sociale

Dans cet essai incisif, Bertrand Badie propose une lecture renouvelée du système international en partant d’un constat central : la puissance d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle d’hier, et ceux sur lesquels elle s’exerce ne sont plus les mêmes. Les catégories classiques des relations internationales continuent d’être mobilisées, mais elles peinent désormais à rendre compte des transformations profondes du monde contemporain. Plus encore, la puissance ne parvient plus à produire de l’ordre, sans pour autant disparaître ; au contraire, son échec nourrit des tentatives de restauration sous des formes plus visibles et plus brutales, comme si l’affirmation de la force pouvait compenser son inefficacité croissante.

Cette réactivation de la puissance intervient dans un monde profondément transformé. Les cadres hérités — alliances durables, hiérarchies stables, bipolarité — se sont disloqués, laissant place à des configurations mouvantes, à des rapprochements circonstanciels et à une conflictualité souvent spectaculaire mais peu structurante à terme. La puissance demeure capable de détruire, mais échoue à construire un ordre international viable.

Badie refuse pourtant le « retour de la puissance » comme grille de lecture dominante et met au cœur de sa réflexion une force souvent négligée : une « énergie sociale » jaillissant des profondeurs des sociétés civiles et recomposant les relations internationales au-delà des stratégies étatiques. En effet, les sociétés, leurs dynamiques internes et transnationales, deviennent des acteurs structurants des transformations globales. Cette énergie ne se réduit pas à un contrepoids à la puissance : elle transforme en profondeur le jeu global en animant des mobilisations, des attentes sociales et des interactions planétaires qui échappent aux dispositifs politiques classiques.

Le paradoxe que Badie explore avec rigueur est le suivant : plus la puissance étatique exhibe sa force, plus l’énergie sociale se déploie, se diffusant au-delà des frontières et des institutions. À travers ce cadre conceptuel novateur, l’auteur invite à penser la façon dont ce jeu dynamique et infiniment complexe entre puissance « réinventée » et énergie sociale renforcée redéfinit la scène internationale actuelle.

L’auteur

Bertrand Badie (promo 77) est professeur émérite de relations internationales à Sciences Po. Sociologue des relations internationales, il a récemment publié L’Hégémonie contestée : les nouvelles formes de domination internationale (Odile Jacob, 2019).

Par-delà la puissance et la guerre : La mystérieuse énergie sociale, Editions Odile Jacob, Bertrand Badie. 208 pages, 21.90 €.


Face à l’incertitude. Le Japon, laboratoire de l’imprévisible 

Nos certitudes vacillent dans un monde où l’émotionnel, amplifié par l’ére numérique, prime fréquemment sur la raison. L’imprévisible y est tapi à chaque tournant, laissant les pouvoirs publics souvent assez démunis. Face à cette “épreuve de l’incertitude”, Karoline Postel-Vinay propose de tirer les enseignements de l’expérience d’un pays qui lui est familier : le Japon, véritable laboratoire de résilience collective passé maître dans l’art de co-habiter avec un horizon incertain. 

Confronté depuis la nuit des temps à des crises et sinistres en tous genres, des séismes récurrents à la catastrophe de Fukushima en passant par les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, l’archipel, qualifié de “communauté du désastre”, a su apprendre à accepter et apprivoiser de vivre dans un monde sans boussole. La société japonaise organise naturellement face à l’imprévu une coopération collective loin du survivalisme individualisant et des spéculations anxiogènes qu’alimente un futur illisible. Une leçon opportune pour nos sociétés occidentales.

L’autrice

Directrice de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po, Karoline Postel-Vinay (promo 96) est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le Japon et les  relations internationaless. Elle a notamment co-dirigé le livre Debating Worlds, publié par Oxford University Press.

Face à l’incertitude. Le Japon, laboratoire de l’imprévisible, Editions du Cerf, Karoline Postel-Vinay. 208 pages, 19 €.


Armes de distraction massive

Dans son essai Armes de distraction massive, Philippe Corbé analyse les rouages de l’exercice du pouvoir états-unien à la méthode Trump. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, et plus encore sous son second mandat, Donald Trump s’impose comme le président du show permanent : prises de position et déclarations toujours plus spectaculaires, parfois hors de tout cadre légal, mise sous pression des médias, placement de figures issues de la sphère MAGA à des postes stratégiques au plus haut niveau de l’État. 

Philippe Corbé dresse le portrait et met à nu les stratégies politiques d’un homme convaincu d’être intouchable. Mais en filigrane, c’est aussi les succès répétés du personnage dont les méthodes laissent bien souvent le monde sans voix, que l’auteur interroge  : Trump triomphe parce qu’il sait capter notre attention. Il règne parce qu’il détourne notre regard avec les codes des tabloïds, de la téléréalité et des super-héros.

Saturation, diversion, spectacle : la captation de l’attention est le véritable levier du pouvoir. C’est son arme de distraction massive qui menace, par ricochet, le monde et la démocratie, en donnant à voir un spectacle du politique affranchi de tout cadre moral et de tout conventionnalisme.

Rédigé à la première personne, l’essai de Philippe Corbé plonge le lecteur dans les coulisses du Trump Show et met au jour l’orchestration soigneusement organisée du chaos autour de ses provocations quotidiennes.

L’auteur

Philippe Corbé (promo 15) a été journaliste à RTL, correspondant à New York pendant plusieurs années, puis au service politique de BFMTV. Depuis avril 2025, il est directeur de l’information de France Inter. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le trumpisme et d’une biographie de Roy Cohn (1927-1986), mentor de Donald Trump, essentiel pour mieux comprendre la personnalité de ce dernier.

Armes de distraction massive, Editions Grasset, Philippe Corbé. 240 pages, 20 €.



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