Les livres politiques de mai 2026

Les livres politiques de mai 2026

Tous les mois, Émile vous invite à découvrir une série de livres abordant des questions politiques sous différents angles. Au programme ce mois-ci : la menace russe en Europe, un voyage immersif dans le monde des ultra-riches, une analyse sous un angle nouveau du fascisme mussolinien ou encore un roman d’anticipation qui imagine l’arrivée au pouvoir de Phillipe de Villiers en 2030.

Par Maïna Marjany et Charles Ottavi

La guerre d’Europe a commencé

Par le biais d’analyses rigoureuses et nuancées, l’essai géopolitique de Céline Marangé porte en lui une conviction simple : loin d’être circonscrit aux frontières de l’Ukraine, l’impérialisme russe vise en réalité à détruire l’ordre de sécurité européen né après la chute de l’URSS. 

De l’effondrement soviétique est née une logique de revanche, mal interprétée par les Européens qui ont longtemps cru à la perspective d’une paix durable, voire d’une alliance fondée sur l’interdépendance économique, au point d’être encore aveuglés quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Vladimir Poutine. 

Culte du rapport de force, obsession de l’encerclement par les troupes de l’OTAN, ingérences étrangères par le biais de la désinformation et la corruption, toutes les palettes de la guerre hybride russe sont ici passées au crible, héritées de la culture des services secrets dont est issu le leader du Kremlin. 

Au-delà du décryptage de cette menace russe dont l’autrice espère encore sortir du déni les plus sceptiques, ce livre sonne comme un véritable appel aux démocraties européennes à défendre leur modèle de leurs fragilités politiques, numériques et informationnelles.

L’autrice

Céline Marangé (promo 2010) est chercheuse sur la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), après avoir enseigné à Columbia, Harvard et Sciences Po. Ses travaux portent sur la politique étrangère et de défense, les élites politiques et militaires russes, les stratégies russes d’influence et de dissuasion, ainsi que sur les conflits et les enjeux de sécurité dans l’espace post-soviétique.

La guerre d’Europe a commencé, Les Arènes, Céline Marangé (promo 2010), 268 p., 22€


Voyage au pays des ultra-riches

Dans cette BD qui est une adaptation de son livre paru en 2010, Voyage au pays des ultra-riches, (Flammarion), le journaliste Aymeric Mantoux poursuit son exploration des modes de vies des plus grosses fortunes de France, portée par le trait du dessinateur Tomek Heidinger. 

C’est une véritable plongée dans les multiples passions - en apparence désintéressées - de nos milliardaires (Arnault, Pinault, Bolloré, Saadé, Dassault…) derrière lesquelles se cachent en réalité multitudes de niches fiscales et de montages financiers aussi occultes qu’efficaces. De la rénovation d’un château classé monument historique à l’entretien d’une écurie de chevaux hippiques en passant par l’achat d’un domaine viticole ou encore la création d’une fondation d’art contemporain, tous les stratagèmes sont bons pour échapper toujours plus à l’impôt. 

D’utilité publique, cette bande-dessinée documentaire jette également un regard acéré sur la responsabilité des gouvernements successifs, de droite comme de gauche, dans ce lent mais constant dépecage de l’argent du contribuable qui a contribué à faire de la France l’une des championnes du monde de l’optimisation fiscale. Passionnant de bout en bout, l’ouvrage réussit son travail de vulgarisation sur l’envers des grandes fortunes, à l’heure où le sujet de leur taxation revient dans le débat public.

Les auteurs

Ayemric Mantoux (promo 97) est journaliste et rédacteur en chef chez Heroes Médias. Passé par TF1, LCI et BFM, il collabore à L’Opinion et à Luxury Tribune. Auteur d’une vingtaine de lignes, dont Voyage au pays des ultrariches (Flammarion, 2010) et Coubertin, l’homme qui n’inventa pas les Jeux Olympiques (Faubourg, 2024), il signe ici son quatrième album en tant que scénariste. 

Tomek Heydinger est dessinateur et auteur de bandes dessinées.

Voyage au pays des ultrariches, Editions du Faubourg, Aymeric Mantoux, Tomek Heidinger, 128 p., 21€


La mutation du système financier français (1978-1992) - De la réforme à la rupture

Pour poursuivre la réflexion sur les questions financières, l’ouvrage d’Alain Kaspereit permet une perspective plus académique afin de comprendre en profondeur la mutation du système financier de 1978 à 1992, la plus importante et la plus radicale de son histoire depuis la Libération.

Fruit de sa thèse universitaire en histoire économique, c’est un travail fouillé que l’auteur, mobilisant à la fois son expérience d’ancien banquier et des archives – parfois inédites – collectées auprès d’acteurs publics (rapports, témoignages…) et privés (représentants de banques d’affaires…), afin d’analyser l’aspect financier d’une des périodes charnières dans la libéralisation de l’économie française. 

Le livre restitue avec précision le sujet éminemment politique de cette transformation du système bancaire, en soulignant que si le rôle des acteurs bancaires et financiers privés est avéré, celui des acteurs publics, que cela soit l’influence européenne ou les gouvernements de droite comme de gauche, l’a été tout autant dans ce « desserrement » du système financier français. 

L’auteur

Alain Kaspereit (promo 69) a effectué sa carrière dans la banque de financement et d’investissement en France et à l’international, ayant notamment été en poste à New York durant la crise financière de 2008. À l'issue de sa carrière professionnelle, il a entrepris de reprendre un cursus universitaire avec un master d’histoire à l’Université Paris 1.

La mutation du système financier français (1978-1992) : De la réforme à la rupture, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, Alain Kaspereit, 594p, 40€


La vraie nature du fascisme italien

En s’appuyant sur des textes et des discours du régime mussolinien, le politologue Lucien Jaume revisite l’histoire du fascisme italien. L’auteur démystifie la légende d’un « Duce » au pouvoir autoritaire uniquement fondé sur la violence politique et le culte du chef – que Mussolini a lui-même contribué à façonner – et propose une nouvelle approche. Prenant le contrepoint de précédentes études purement historiques, Lucien Jaume révèle toute l’ambition de la révolution culturelle fasciste mise en œuvre pour pour transformer la société italienne en profondeur. 

La genèse du projet fasciste est particulièrement bien décrite à travers la trajectoire de son fondateur. Intellectuel autodidacte, militant révolutionnaire qui ne sait pas encore quelle révolution il recherche, Mussolini va piocher à la fois à gauche, dans son hostilité au libéralisme et sa croyance en un État tout-puissant et centralisateur, et à droite, dans l’exaltation d’un nationalisme et d’un bellicisme forcené, pour construire son idéologie. 

Disséquant avec minutie les différents ressorts d’une industrie culturelle de grande ampleur visant à embrigader l’ensemble de la nation, le politologue brise l’image d’un régime souvent perçu comme hostile à l’intellect et à la culture, mais mobilisant les différents arts (cinéma, littérature, peinture…) au service du projet totalitaire.

L’auteur

Lucien Jaume (promo 87) est directeur de recherche émérite au CEVIPOF. Historien et philosophe, son travail porte depuis longtemps sur les idées politiques depuis la Révolution, définissant notamment le terme d’« idéopraxies », formes intermédiaires entre la doctrine et leur mise en action. Il a publié plusieurs ouvrages importants, couronnés par de prestigieux prix tels que le Prix Guizot de l’Académie française pour la biographie Tocqueville : les sources aristocratiques de la liberté en 2008 ou encore le Prix Philippe Habert, Sciences Po/Le Figaro pour L’Individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français en 1997.

La vraie nature du fascisme italien : La révolution culturelle de Mussolini, Tallandier, Lucien Jaume, 320 p, 22,90€


Sans eux - La France sans les immigrés

Un an après avoir imaginé l’accession au pouvoir de Marine Le Pen (Marine Le Pen Présidente. Dystopie politique. 2026-2029), le trio Hannezzo-El Karoui-Pech réitère dans le genre de la politique-fiction en imaginant cette fois-ci l’arrivée à l’Elysée en 2030 de Philippe de Villiers, égérie CNews, chaîne sur laquelle il accumule les propos hostiles à l’immigration. 

Si la perspective d’une élection du fondateur du Puy-du-Fou, porté par une union des droites, peut apparaître burlesque, le récit a le mérite d’imaginer l’hypothèse suivante : à quoi ressemblerait la France si les promesses de fermeture des frontières, de préférence nationale et d'expulsions massives d’immigrés devenaient réalité ?   

Mélant dystopie politique et thriller dans une narration efficace, les auteurs documentent avec précision les conséquences qu’auraient cette politique d’« immigration zéro » sur l’état du pays : paralysie des services publics, pénurie de main d’oeuvre dans des secteurs comme la santé ou la restauration, crise économique, hausse de la criminalité et des tensions sociales…

À l’approche du scrutin de 2027, ce roman d’anticipation se veut un véritable plaidoyer pour l’immigration comme partie intégrante de la société française. En tordant le cou aux mythes nationalistes et réactionnaires sur cette question, ce récit original permet de relancer le débat avec de nouveaux éléments.

Les auteurs

Guillaume Hannezo (promo 81) est inspecteur des finances et professeur associé à l’École normale supérieure. Il a été successivement conseiller de François Mitterrand, directeur financier de grandes entreprises et banquier d’affaires.

Hakim El Karoui est chef d’entreprise et essayiste. Il a été conseiller du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin et est le fondateur du Comité d’action pour la Méditerranée.

Thierry Pech est essayiste, professeur à Sciences Po Paris et directeur général du think tank Terra Nova.

Sans Eux - La France sans les immigrés, Les Petits Matins, Guillaume Hannezo, Hakim El Karoui, Thierry Pech, 280 p, 20 €



La mort, un business (pas) comme les autres ?

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