Analyse - Donald Trump va-t-il déstabiliser le Moyen-Orient ? Par Alain Dieckhoff

Analyse - Donald Trump va-t-il déstabiliser le Moyen-Orient ? Par Alain Dieckhoff

« L’heure est venue pour les Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël », a déclaré mercredi le président américain Donald Trump dans une brève allocution au cours de laquelle il a revendiqué « une nouvelle approche » sur ce dossier épineux. Pour comprendre les enjeux et les conséquences d’une telle décision, Émile a interviewé Alain Dieckhoff (promo 87),  directeur du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. Ses recherches portent principalement sur la politique, la société contemporaine et les transformations de l’État en Israël. Il a notamment écrit Israéliens et Palestiniens. L'épreuve de la paix, en 1996, et Le conflit Israélo-palestinien : 20 questions pour vous faire votre opinion, en 2017.

Propos recueillis par Alix Fontaine et Maïna Marjany

Quel est l’objectif de Donald Trump en reconnaissant Jérusalem capitale d’Israël ? Pourquoi le faire maintenant ?

Son objectif est d’honorer un engagement qu’il avait pris lors de sa campagne électorale. Il y a là, selon moi, une logique assez forte de politique intérieure. Donald Trump veut ainsi montrer qu’il se démarque de ses prédécesseurs qui, en principe, auraient dû mettre en œuvre la décision du Congrès américain de 1995, demandant à ce que les Etats-Unis transfèrent leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Les différents présidents depuis Clinton - républicains comme démocrates - avaient toujours repoussé ce transfert, sentant le risque politique et la contradiction claire avec la position de l’ONU. Donald Trump veut montrer qu’il est différent, qu’il tient ses promesses et il a donc franchi le Rubicon.

Cette décision est également cohérente avec la posture très disruptive qu’il a sur le plan diplomatique. Ce n’est pas quelqu’un qui s’embarrasse des consensus internationaux et des conventions ; il est par exemple sorti de l’accord de Paris, du partenariat Trans-Pacifique… En prenant ce type de décisions, Donald Trump sait d’avance qu’il sera critiqué et que les Etats-Unis s’en retrouveront isolés, mais il assume ses positions.

 Jérusalem (photo Flickr) 

Jérusalem (photo Flickr) 

Pourquoi la question de Jérusalem est-elle si importante dans le conflit qui oppose Israël et les Palestiniens ?

Il y a une dimension politique, la ville ayant toujours été au cœur de l’affrontement entre juifs et arabes depuis les années 1920. Ce n’est vraiment pas nouveau, il y a eu malheureusement beaucoup de cycles de violence à Jérusalem. La décision de l’ONU en 1947 - il y a maintenant 70 ans - était d’imaginer un régime international, c’est à dire de donner à Jérusalem et sa région un statut particulier, géré par la communauté internationale. Cela était évidemment lié au fait que c’est une ville qui a une signification particulière, du fait de sa dimension religieuse. Mais ce statut particulier n’a jamais été mis en œuvre car la guerre a ensuite divisé physiquement la ville, entre l’ouest juif israélien et l’est arabe et jordanien. Jérusalem était divisée un peu comme Berlin. Cette situation a perduré jusqu’en 1967, lorsqu’à l’issue de sa victoire pendant la guerre des Six Jours, Israël a procédé à l’annexion de la partie orientale de la ville et à son unification politique et juridique, unilatéralement. Mais cela n’avait été reconnu par personne, jusqu’à aujourd’hui. Mais Trump a tout de même été assez prudent sur un point : il a certes reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, tout en laissant ouverte la question des limites, des frontières de cette capitale. Il dit ainsi que la question des limites de cette souveraineté reste à négocier, sous-entendu avec les Palestiniens.  

Cette décision américaine entérine-t-elle davantage la mort du processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens ?

Oui, cela lui donne incontestablement du plomb dans l’aile. Le discours de Trump a été très favorable à Israël, sans laisser beaucoup d’ouverture envers les Palestiniens. Il est assez clair que c’est une décision qui compromet singulièrement la relance d’un processus de négociations avec les Palestiniens, qui n’existait déjà plus pour le moment.

«Trump laisse ouverte la question des limites, des frontières de cette capitale.»

De son côté le Hamas a appelé à une nouvelle « intifada » palestinienne, un conflit militaire est-il à craindre ? Le Proche et le Moyen-Orient peuvent-ils se retrouver déstabilisés ?

Oui, il y aura certainement des affrontements pendant quelques temps à Jérusalem et en Cisjordanie. Est-ce que cela va déboucher sur une confrontation sur le long-terme, je n’en suis pas convaincu. Mais je pense qu’il y aura des violences à court terme. En revanche, ce dont je suis certain, c’est que cela ne va pas avoir énormément d’impact pour les États arabes voisins. Ils vont bien sûr protester - ils ont par ailleurs été pris de court par cette annonce -, mais en réalité, ils ne peuvent pas faire grand-chose. D’autant que trois d’entre eux sont liés stratégiquement aux Etats-Unis, à savoir l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie.

Il n’y a donc pas de risque de conflit régional ?

Non, on est sorti de cela depuis longtemps.

Et quel va être l’impact de cette décision sur les relations entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ? Ou la Turquie ?

Dans les cas de l’Égypte, de l’Arabie-Saoudite et de la Jordanie, à part des protestations verbales, il ne se passera à mon avis pas grand-chose. La Turquie, c’est différent car Erdogan essaye de se présenter en leader du monde musulman, dans une logique, entre guillemets, un peu ‘anti-impérialiste’. On l’a d’ailleurs tout de suite vu dans son intervention au parlement turc ce jeudi, où il a utilisé cette rhétorique offensive, mais je ne pense pas non plus que cela ira trop loin dans la tension avec les Etats-Unis.

Et pensez-vous que certains pays pourraient, à terme, suivre la position des Etats-Unis dans les mois qui viennent ?

Cela est difficile à dire. Des petits pays peut-être. À une époque, il y avait eu des ambassades à Jérusalem, représentant quelques pays d’Amérique latine et d’Afrique. Mais, à partir des années 1990 et 2000, il y a eu un processus de retrait. Tous sont allés à Tel Aviv et, depuis 2006, il n’y avait plus une seule ambassade étrangère à Jérusalem. Les premiers à revenir sont les Etats-Unis et l’ambassade sera certainement très grande, puisqu’aujourd’hui près de 1000 personnes travaillent à celle de Tel Aviv. Les Américains ouvrent donc un nouveau chapitre. 

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