Passé par la rue Saint-Guillaume, le président français, mort le 8 janvier 1996, aura conquis l’Elysée à 64 ans pour s’y installer pendant deux septennats.
1916 : naissance à Jarnac, en Charente
1937 : diplômé de l’École libre des sciences politiques
1950-1958 : onze fois ministre
1971 : premier secrétaire du Parti socialiste
1981 et 1988 : élu et réélu à l’Elysée
1996 : mort à Paris
Né en 1916, bachelier en 1934, François Mitterrand s'est inscrit en facultés de lettres et de droit de Paris, et parallèlement à l'École libre des sciences politiques, dont il est sorti cinquième dans la promotion de 1937. Les archives de Sciences Po conservent une copie d’examen du 29 mai 1937, notée 17,5/20, avec l’appréciation « Sujet bien compris et traité. Forme un peu lourde mais correcte ».
Étudiant, le jeune homme vit dans un foyer situé au 104, rue de Vaugirard, où il compte parmi ses amis Claude Roy (futur écrivain), Pierre Bénouville (futur résistant et député gaulliste) et André Bettencourt (futur ministre et homme d’affaires). À cette époque, il est engagé, non à gauche, mais du côté des Croix-de-Feu. Il participe à une manifestation de l'Action française, écrit dans des journaux comme La Revue Montalembert et L'Écho de Paris. À la sortie de Sciences Po, il réussit le concours d'officier de l'École nationale de la marine marchande sans donner suite à cette perspective. Il réussit également le concours de rédacteur de la préfecture de la Seine, sans devenir non plus fonctionnaire. Il commence une thèse de sociologie politique sur la Tchécoslovaquie, qu’il abandonne vite. En septembre 1939, lorsque la France entre dans la Seconde Guerre mondiale, il termine ses études d'avocat à Paris.
Incorporé sur la ligne Maginot, il est blessé en juin 1940, soigné, finalement fait prisonnier par les Allemands. Après 18 mois de stalag et deux tentatives d'évasion manquées, il parvient à s’enfuir en décembre 1941. De retour en France, il est agent contractuel sous Vichy (il recevra la francisque) mais s’engage dans la Résistance à partir de juin 1942 avec d’autres évadés de guerre. Proche de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), fondée après l’invasion de la zone libre, il entre dans la clandestinité après la perquisition de son appartement de Vichy par la Gestapo en novembre 43. Il se rend à Londres et Alger, où il rencontre de Gaulle et Mendès-France. Il participe à la Libération de Paris en août 44, peu avant son mariage en octobre avec Danielle Gouze, jeune résistante bourguignonne.
Il s’engage alors en politique au sein de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance. Député de 1946 à 1958, puis sénateur de 1959 à 1962, il est à nouveau député de 1962 à 1981. Onze fois ministre sous la IVe République, il occupe notamment les postes de ministre des Anciens Combattants et des Victimes de guerre, ministre de la France d'Outre-mer, ministre de l'Intérieur et ministre de la Justice, ces deux dernières fonctions au moment de la guerre d’Algérie.
Un livre pour dénoncer les institutions de la Ve République
Opposé au retour du Général de Gaulle, il passe, à partir de 1958, plus de 20 ans dans l'opposition. Il publie Le Coup d’État permanent pour dénoncer les institutions de la Ve République. Il échoue une première fois à l’élection présidentielle de 1965, se pose en alternative au Général de Gaulle en mai 68. Plusieurs efforts pour réunir la gauche aboutissent au congrès d’Epinay de 1971, avec la création du Parti socialiste, puis au programme commun de 1972, avec les radicaux et les communistes. Nouvel échec à l’élection présidentielle de 1974. Il gagne sept ans plus tard contre le président sortant, Valéry Giscard d'Estaing.
Premier chef d'État issu de la gauche sous la Ve République, il fait voter l'abolition de la peine de mort, obtient le retrait du code pénal des dispositions contre les homosexuels, instaure la cinquième semaine de congés payés, la retraite à soixante ans, crée l’impôt sur les grandes fortunes, nationalise plusieurs banques et industries, avant d’être rappelé à la rigueur. En perdant les législatives de 1986, il est le premier président à connaître, bien malgré lui, la « cohabitation ». Son Premier ministre, Jacques Chirac, devient en 1988 son adversaire à l’élection présidentielle. Réélu, François Mitterrand nomme à Matignon Michel Rocard, son grand rival à gauche, puis Edith Cresson, première femme Premier ministre. De ce second mandat, on peut retenir la création du revenu minimum d’insertion (futur RSA), l’accord sur la Nouvelle-Calédonie, les grands travaux parisiens, de la pyramide du Louvre à l’arche de la Défense, mais aussi sur le plan international l’engagement français dans la Guerre du Golfe, ou bien l’avancée de l’intégration européenne. François Mitterrand soumet le traité de Maastricht au référendum, l’occasion pour Sciences Po et son président René Rémond de l’accueillir amphi Boutmy le temps d’une discussion avec les étudiants.
Si le oui l’emporte au référendum de 1992, la fin du mandat de François Mitterrand est marquée par une nouvelle défaite aux législatives, entraînant la deuxième cohabitation (Edouard Balladur à Matignon de 93 à 95). Sa carrière politique est assombrie par la mort de l’ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy et par des révélations de tous ordres : son passé vichyste (disséqué dans un livre de Pierre Péan, paru en 1994), son cancer diagnostiqué dès 1981 et tenu secret par le docteur Claude Gubler, ou encore l’existence, elle aussi tenue secrète, de sa fille Mazarine née en 1974 de sa relation avec Anne Pingeot.
François Mitterrand est mort il y a trente ans, en 1996, dans son appartement du VIIe arrondissement de Paris, quelques mois après avoir quitté le pouvoir au profit de Jacques Chirac. Son Premier ministre et adversaire malheureux de 1988 l’avait emporté sur le candidat socialiste Lionel Jospin. Mitterrand, qui dénonçait le coup d’État permanent, aura été le seul président de la Ve République à effectuer deux septennats complets : un record de longévité à la présidence de la République française.
