Qui sont les Tartuffe d’aujourd’hui ?

Qui sont les Tartuffe d’aujourd’hui ?

Diplômé de l’Ecole d’Affaires publiques et de l’Ecole de droit (promo 2016), Guillaume Gallix est conseiller en communication au sein du cabinet Vae Solis. Dramaturge à ses heures perdues, il a écrit la pièce Le Château d’Orgon, farce contemporaine qui s’inspire du Tartuffe de Molière, à voir au studio Hébertot à Paris et au festival d’Avignon. Rencontre.

Propos recueillis par Maïna Marjany et Charlotte Martin

Vous avez débuté votre carrière en tant qu’avocat avant de vous tourner vers la communication. Parlez-nous de votre parcours et de votre métier…

Guillaume Gallix, conseiller en communication et dramaturge, auteur de la pièce Le Château d’Orgon (Crédits : Malik Chaïb)

En effet, je suis notamment passé par les cabinets August Debouzy et Dupond-Moretti & Vey avant de devenir conseiller en communication. Un métier qui nécessite d’être très polyvalent pour accompagner au quotidien des personnes morales — des entreprises pour l'essentiel — et des personnes physiques dans la gestion de leur image et de leur réputation.

Cette mission de conseil se décline en trois volets (au moins !) : l’élaboration de la stratégie de communication, ce qui implique une véritable réflexion sur le positionnement à adopter ainsi que les messages et l’image qu’on souhaite donner à certains publics ; puis la mise en œuvre opérationnelle de cette stratégie via, notamment, les relations médias, les affaires publiques ou encore la communication digitale (réseaux sociaux, podcasts…). Le dernier volet, enfin, concerne la défense de la réputation en cas de crise car les entreprises, tout comme les individus, sont aujourd’hui particulièrement exposés aux scandales. Et sachant que le temps de la justice est devenu sensiblement plus long que celui des médias et des réseaux sociaux, il est aujourd’hui plus que nécessaire de pouvoir agir dès que la crise éclate pour protéger sa réputation.

Pourquoi avoir écrit une pièce de théâtre ?

Le théâtre est une passion qui me vient de l’époque du lycée et que j’ai redécouverte ces dernières années. En 2018, mon frère Julien Gallix devient comédien. Je replonge avec lui dans le monde du théâtre. En 2022, j’assiste à une représentation du Tartuffe donnée à la Comédie Française. Et c’est une révélation : la pièce est tout bonnement géniale et le défaut social dont elle s’amuse, l’hypocrisie, me semble d’une actualité folle !

Je me demande alors qui serait le Tartuffe d’aujourd’hui et m’amuse à imaginer une réécriture de cette œuvre à la sauce contemporaine. J’envoie le texte à mon petit frère qui est emballé et décide de le mettre en scène comme projet de fin d’études. Deux représentations du Château d’Orgon sont données en décembre 2024 au studio d’Asnières qui nous donne carte blanche ; on en profite pour faire une captation qu’on envoie ensuite à des directeurs de théâtres et de festivals. C’est ainsi que la pièce est jouée à Chantilly, en 2025, puis programmée au Théâtre Hébertot à Paris au printemps 2026. Enfin, consécration, la pièce sera aussi présentée au Festival d’Avignon l’été prochain.

En écrivant cette pièce, avez-vous découvert qui était le Tartuffe des temps modernes ?

Spoiler : il n’y en a pas un seul, mais plusieurs ! C’est pourquoi cette pièce met en scène toute une farandole de personnages un peu caricaturaux qui, chacun à leur façon, incarne l’hypocrisie de notre époque : le patron d’un fonds d’investissement fraîchement converti à l'écologie et à l'économie verte, le startupper raté, l’actrice engagée mais égocentrique ou encore l’éternelle étudiante donneuse de leçons ! L’intrigue se déroule dans un splendide domaine du sud de la France, le Château d’Orgon, dans lequel Jacques-Henri — un patron très fortuné et veuf depuis plus de dix ans — se rend dans le but de présenter à sa famille élargie celle qu’il a l’intention d’épouser : une actrice bien plus jeune que lui et … étonnante ! Évidemment, ce qu’il pensait être une heureuse annonce est loin de susciter l’engouement général.

L’ambition première de cette pièce est de présenter une farce sociale contemporaine, qui donne à réfléchir sur les grandes préoccupations de notre temps que sont notamment l’égalité des chances, l’écologie et le féminisme. Au-delà de la simple parodie, le but est d’inciter le public à s’adonner à une introspection collective, à se questionner sur les contradictions qui peuvent exister entre nos actes et nos discours, mais aussi sur notre capacité collective — si elle existe encore… — à débattre et rire de nous-mêmes. Ce faisant, et sans même en avoir eu l’intention, j’ai renoué avec la passion qui m’a mené jusqu’aux bancs de Sciences Po… la politique !

Et j’aime à dire que Le Château d’Orgon se propose de « vérifier » l’une de nos libertés les plus précieuses : celle de pouvoir rire de nos contemporains qui se prennent un peu trop au sérieux !

Et quel lien voyez-vous entre votre métier de conseiller en communication et le théâtre ?

Le lien le plus évident est le travail collectif. Dans la communication, nous sommes toujours une équipe pour entourer un client afin de lui proposer différents regards et différentes options sur la stratégie à adopter. De la même façon, monter une pièce est forcément un travail d’équipe, notamment entre le metteur en scène et les comédiens. Mais au-delà de ça, le texte est en lui-même le fruit d’un travail collaboratif. Depuis la première version que j’ai écrite en 2022, on n’a cessé d’y apporter des modifications, des enrichissements, d’abord avec mon frère puis avec l’ensemble des comédiens à l’occasion de nos nombreuses séances de travail, puis lors des répétitions et des représentations. D’ailleurs, il n’est pas exclu que le texte et la pièce continuent d’évoluer à l’occasion de nos prochaines représentations !


Agenda

Le Château d’Orgon, écrit par Guillaume Gallix et mis en scène par son frère Julien Gallix, sera interprété par les comédiens de la compagnie Le Square au Studio Hébertot du 16 avril au 31 mai 2026 (du jeudi au samedi soir à 21h, ainsi que le dimanche à 14h30).

La pièce sera aussi présentée au Festival d’Avignon, du 4 au 26 juillet au Théâtre de la Factory Roseaux Teinturiers (tous les jours, à 10h, sauf le mardi).


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