Rencontre avec Mathilde Rousseau, présidente de la section Espagne

Rencontre avec Mathilde Rousseau, présidente de la section Espagne

Rencontre avec Mathilde Rousseau (promo 14), la nouvelle présidente de la section Espagne de Sciences Po Alumni. Devenue directrice d’hôpital après avoir été diplômée de la rue Saint-Guillaume, elle est aujourd’hui la secrétaire générale adjointe de l’Institut français d’Espagne. Elle nous raconte son parcours et partage ses projets pour animer la communauté des alumni à Madrid.

Propos recueillis par Maïna Marjany et Charlotte Martin

De la diplomatie à la direction d’hôpital : des années Sciences Po très formatrices

Mathilde Rousseau, secrétaire générale adjointe de l’Institut français d’Espagne, est la nouvelle présidente de la section Espagne de Sciences Po Alumni. (Crédits : Sandrine Cosny)

Comme un grand nombre d’étudiants qui entrent à Sciences Po, je rêvais initialement de devenir diplomate. J’ai clairement changé d’orientation entre temps, mais je trouve que me retrouver au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères 15 ans plus tard est un joli clin d’œil !

J’ai passé ma troisième année au Chili en 2011-2012, à l’époque du printemps étudiant. J’ai été marquée par ce pays très libéral sur le plan économique mais extrêmement conservateur sur le plan sociétal. Par exemple, tout avortement était strictement interdit quelle qu’en soit la raison et, lorsque j’y étais, le Parlement avait formellement refusé de simplement rouvrir le débat sur le sujet. J’ai également constaté à quel point les systèmes de santé et d'éducation étaient à deux vitesses, avec un secteur privé performant et un secteur public en grande difficulté. Ces observations et ces réflexions m’ont aidé à choisir mon master – Affaires publiques – puisque j’ai réalisé que j’étais fière du modèle des services publics français et que j’avais envie de contribuer à les faire vivre.

Au tout dernier semestre de master, j’avais pris un cours de Gestion des ressources humaines (GRH) enseigné par le DRH de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière d’alors, Alban Amselli. J’ai adoré son cours : l'environnement hospitalier, dont il tirait ses cas pratiques, était vraiment complexe mais passionnant. Ça a été une révélation, et j’ai décidé de passer le concours de directeur d’hôpital, que j’ai eu après une année de préparation aux concours administratifs.

Des hôpitaux français au système de santé espagnol

Pendant la formation de directeur d’hôpital à l’École des Hautes études en santé publique, j’ai effectué un stage dans un hôpital universitaire à Madrid. Avec du recul, je le vois comme un avant-goût de la suite de mon arrivée cinq ans plus tard dans la ville.

À la fin de ma formation, j’ai débuté par un poste de directrice de pôles hospitaliers au CHU de Strasbourg avant de devenir directrice de cabinet du DG puis directrice adjointe de l’hôpital civil. En 2022, mon mari –que j’ai d’ailleurs rencontré sur les bancs de Sciences Po – s’est vu proposé une opportunité de travail à Madrid. J’ai également cherché un poste là-bas. C’était difficile de trouver dans le service public, mais on m’a proposé de devenir directrice générale d’une clinique au sein d’un groupe hospitalier privé espagnol, le centre médico-chirurgical, sportif et de bien-être de l’Olympia (Grupo Quirónsalud). C’était un véritable challenge puisque je devenais directrice générale pour la première fois mais l’expérience professionnelle très dense et enrichissante que j’avais acquise lors de mes années au CHU de Strasbourg m’a été d’une aide précieuse. Le rythme de travail y était tel que j’ai appris énormément en peu de temps. En plus, comme beaucoup d’autres dans le monde médical, j'ai vécu la crise Covid. À ce moment-là, j'étais responsable de la gestion de crise de l'établissement, cela a forgé une première expérience professionnelle très intense.

Public versus privé : réflexion sur la situation des hôpitaux français

Les différences sont réelles et bien palpables, notamment en termes de moyens. Il est évident que dans le privé, les ressources tant humaines que financières sont souvent plus importantes, ce qui facilite l’organisation et le management des équipes. À la clinique de l’Olympia, nous étions dans un contexte d’investissement et de développement d’activité.

La situation est bien plus préoccupante dans le public ; les hôpitaux doivent faire face à une activité croissante, notamment liée au vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques, alors même qu’ils ne disposent pas de ressources suffisantes pour y répondre. Et le défi principal demeure le manque de personnel, ce qui est d’autant plus problématique que tout le mécanisme hospitalier repose sur l’engagement humain, le recrutement et la fidélisation des équipes. Certes, des efforts sous formes d’investissements et de revalorisations salariales ont été fournis, notamment à la suite de la crise sanitaire du Covid, mais ils restent nettement insuffisants au regard des besoins actuels. Et si les Français sont extrêmement attachés à leur service public hospitalier – qui est assez emblématique, il faut dire –, cet attachement populaire ne suffira pas à lui seul pour en assurer la pérennité : il est urgent de redonner des moyens à l’hôpital, pour offrir à nos talents bien réels un cadre de travail à la hauteur de leur engagement.

« Il est urgent de redonner des moyens à l’hôpital, pour offrir à nos talents bien réels un cadre de travail à la hauteur de leur engagement. »

L’Institut français : le retour au service public

Une offre de secrétaire général adjoint à l'Institut français d'Espagne, en charge des ressources humaines, a été publiée. J’en ai été informée par celui qui quittait ce poste et était, justement, un directeur d’hôpital. Même si on sort du cadre hospitalier, les missions de directeur des ressources humaines sont comparables. Cette possibilité de changement professionnel tient donc pour beaucoup à la question des compétences transférables. Je pense que mon profil a été retenu du fait de mon expérience en gestion d’équipe et dialogue social – des compétences centrales à l’hôpital comme à l’Institut français – mais aussi en raison de ma connaissance du secteur privé espagnol puisque je maitrise le droit du travail local, applicable à environ 80 % de nos agents. De mon côté, ce poste m’attirait d’autant plus que j’avais très envie de retourner dans le service public. Je fais partie de ces gens qui aiment bien l’État français ! [rires]  

Avec mon équipe, nous accompagnons plus de 200 agents répartis sur six sites à l’échelle du territoire espagnol, qui est lui-même très hétérogène du fait de la forte décentralisation du pays et de spécificités locales conséquentes. Mon rôle, à la fois stratégique et opérationnel, s’articule autour de deux grandes priorités. La première concerne les transformations organisationnelles : il s’agit d’adapter en permanence notre manière de travailler, par exemple en faisant évoluer les organigrammes ou les modes de fonctionnement. Notre deuxième priorité renvoie à l’animation du dialogue social : il s’agit dans les faits de travailler en lien constant avec les représentants du personnel sur des sujets aussi variés que les conditions de travail, des projets institutionnels ou encore les initiatives comme l’égalité femmes-hommes et les politiques LGBTQI+.

L’enjeu transversal consiste à adapter le modèle économique de l’Institut, partiellement dépendant de financements publics qui sont en baisse, en s’appuyant sur l’autofinancement, tout en accompagnant les transformations et en maintenant un dialogue social de qualité.

Le lien constant avec l’Alma mater

J’ai toujours conservé un attachement extrêmement fort à mon école dont j’admire la capacité à constamment se réinventer et à rester en phase avec les enjeux contemporains. Sciences Po occupe une place prépondérante dans ma vie – tant professionnelle que privée – et je me reconnais particulièrement dans sa devise « comprendre son temps pour agir sur le monde ». M’engager dans le réseau Alumni constituait donc une manière de faire vivre cet esprit et de contribuer, à mon échelle, à cette communauté.

« J’ai toujours conservé un attachement extrêmement fort à mon école dont j’admire la capacité à constamment se réinventer et à rester en phase avec les enjeux contemporains. »

Pendant plusieurs années, mon lien au réseau Alumni se limitait à des contacts ponctuels, sans implication forte. En 2022, au moment où je préparais ma mobilité en Espagne, je me suis rapprochée du Pôle carrières de Sciences Po Alumni où j’ai pu être accompagnée par Brigitte Rischard. Elle m’a aussi conseillé de me rapprocher de la section Espagne de l’association. À mon arrivée à Madrid, j’ai commencé à participer à de nombreux évènements puis à en organiser certains, notamment autour de la comparaison des systèmes de santé français et espagnol. Et début 2026, j’ai repris la présidence de la section Espagne du réseau Alumni. 

Visite de l’Institut Cervantes de Madrid organisée par la section Espagne de Sciences Po Alumni. (DR)

Des projets pour la section Espagne

Avec le bureau de la section, nous cherchons à proposer une programmation diverse, pour toucher le plus de profils différents : des débats d’idées qui sont au cœur de l’ADN de Sciences Po, mais aussi des visites d’institutions, de lieux culturels, des afterworks pour une plus grande flexibilité sur les horaires… Par ailleurs, nous développons des collaborations avec d’autres grandes écoles également présentes à Madrid dont HEC, l’ESSEC, Polytechnique ou Dauphine : cela nous permet de croiser notre approche très orientée « politiques publiques » avec des perspectives plus entrepreneuriales ou technologiques.

Pour les mois à venir, la priorité est de structurer et d’élargir la communauté. Dans cette perspective, nous avons récemment lancé une antenne du réseau Alumni à Barcelone, dirigée par Jérémie Meyer. Nous travaillons également beaucoup sur notre visibilité, notamment via les réseaux sociaux, et misons sur une dynamique collective, avec une équipe engagée, pour proposer des sujets toujours plus ambitieux. La section espagnole des Alumni de Sciences Po recèle un véritable potentiel : la clé, c’est simplement d’y consacrer du temps et de l’énergie.



Qui sont les Tartuffe d’aujourd’hui ?

Qui sont les Tartuffe d’aujourd’hui ?