La rentrée littéraire des Alumni

La rentrée littéraire des Alumni

Comme chaque année, les Sciences Po sont nombreux à publier des livres à l’occasion de la rentrée littéraire. Histoire, politique, rivalités internationales, drames familiaux, combats contemporains… La rédaction d’Émile vous propose une sélection de romans et d’essais écrits par les diplômés et les chercheurs de la rue Saint-Guillaume. 

Par Jeanne Liu


Les romans


Minotaure

Sélectionné pour le Goncourt 2026

« Bonsoir, je suis Boris Bergmann, je suis votre fils, je suis en bas. » À 22 ans, sans avoir prévenu personne, le jeune homme part de Paris pour Bordeaux à la recherche de son père qu’il n’a jamais connu. Dans ce roman autobiographique, l’auteur tire plusieurs fils de son histoire familiale qui débute au sein de l’association Aides, engagée dans la lutte contre le virus du sida. Jean Creux y était psychiatre. Marié et déjà père, il s’enfuit lorsque sa maîtresse, Marie-Claude Bergmann, tombe enceinte. Ce vide causé par le manque d’une figure paternelle, l’auteur le comble d’abord avec des fictions puis des excès, des aventures, la drogue et le rock.

Pour passer de l’intime à l’universel, Boris Bergmann s’appuie sur la créature mythologique du Minotaure – né d’une union contre-nature entre Pasiphaé et un taureau – et enfermé dans un labyrinthe où de jeunes gens lui sont livrés pour l’apaiser et le nourrir. Il est forcé d’aimer tous ceux qu’il rencontre… avant de les dévorer. Né hors du désir du père, Boris Bergmann porte en lui la conviction qu’il doit « vivre plus que les autres, pour exister parmi les autres », tout comme le Minotaure est prisonnier d’un amour qu’on lui impose. Néanmoins, l’auteur ne dresse pas le portrait d’un monstre : il nous offre une leçon d’amour.

L’auteur

Boris Bergmann a publié son premier roman à l’âge de 15 ans, Viens là que je te tue ma Belle (Scali, 2007 — prix de Flore du lycéen). Diplômé de l’École de journalisme de Sciences Po (promo 16), il a ensuite été résident à la Villa Médicis de Rome et à la Villa Kujoyama de Kyoto. Par ailleurs, il a été l’auteur en 2017 et 2019 de deux nouvelles inédites pour le magazine Émile.

Minotaure, Boris Bergmann (promo 16), Albin Michel, 256 p., 20.90€.


La Hantise

Dans ce roman d’espionnage, le narrateur, fonctionnaire européen tout juste divorcé et récemment endeuillé par la mort de son père, se retrouve, par un concours de circonstances, en possession d’une clé USB révélant l’existence d’un véritable réseau de corruption internationale, un scandale partant de Bruxelles et profitant à la Chine.

Peu de temps après cette découverte, il se fait voler, en Chine, où il ne faisait qu’une petite escale censée passer inaperçue, l’ordinateur que lui avait attribué la Commission européenne. Son expertise en matière de législation attire l’attention d’escrocs qui gravitent autour des institutions. Puis, dans un train Paris-Bruxelles, il rencontre Yolande, une femme vivant avec un certain John Stavropoulos, lequel travaille officiellement pour un grand groupe de télécommunications basé à Dalian, en Chine… là où son ordinateur a disparu. Il tombe amoureux d’elle. 

D’abord anti-héros en deuil et rongé par le doute, le narrateur trouve, grâce à cette femme, le courage de démêler ce qui lui est tombé dessus et qui mérite, d’un point de vue moral et éthique, d’être éclairci.

L’auteur

Jean-Philippe Toussaint (promo 80) est écrivain, cinéaste et photographe. En 2005, il obtient le prix Médicis pour Fuir et, en 2009, le Prix Décembre pour La Vérité sur Marie. Il a réalisé quatre longs-métrages pour le cinéma et a présenté, en 2012, au musée du Louvre, l’exposition Livre/Louvre.

La Hantise, Jean-Philippe Toussaint (promo 80), Éditions de Minuit, 288 p., 22€.


À voix haute

 Lauréat du prix littéraire du Monde 2026 

Polina, le double fictionnel de l’autrice Polina Panassenko, est née en Russie mais vit en France avec son père souvent absent. Elle a une vingtaine d’années lorsqu’elle décide de retourner seule à Moscou pour intégrer l’École du Théâtre national. Elle fait alors face, d’une part, aux silences et aux peurs de son grand-père chez qui elle s’est installée, et, d’autre part, aux manifestations de la jeunesse contre les élections présidentielles truquées de 2011.

Le soir, pendant que son grand-père commente les informations, elle le questionne sur le passé. Il lui répond, non pas par des mots mais par des objets ayant appartenu à l’arrière-arrière-grand-père de Polina, éléments déclencheurs de son enquête sur Ivan Rebizov, paysan russe accusé d’être un koulak et disparu dans la machine répressive stalinienne.

Pour son travail de mémoire familiale, la narratrice utilise le terme de « catabase », un voyage aux enfers entrepris pour ramener un mort parmi les vivants. Mais vivre ne veut pas dire être libre : son grand-père chuchote, se méfie de ses voisins, n’emploie presque jamais le « je » pour ne pas se faire remarquer… Une Russie contemporaine encore hantée par son passé, que le pouvoir actuel ne cesse de vouloir effacer. À voix haute paraît un mois avant les prochaines élections législatives russes.

L’autrice

Polina Panassenko (promo 11), née en 1989 à Moscou, est écrivaine, traductrice et comédienne franco-russe. Après ses études à Sciences Po, elle suit une formation en art dramatique à la Comédie de Saint-Étienne et à l’École-studio du Théâtre d’Art de Moscou. Son premier roman, Tenir sa langue, a remporté le prix Femina des lycéens 2022.

Relire son entretien croisé avec Sabyl Ghoussoub, paru en 2023 dans Émile.

À voix haute, Polina Panassenko (promo 11), Éditions de l’Olivier, 264 p., 19.50€.


La Femme au manteau de loutre

New York, 15 janvier 2007. Sur le quai d’une station de métro bondée, une femme tombe sur la voie. Accident, suicide, crime ? La seule chose que l’on sait est qu’elle portait un manteau de loutre. Un jeune stagiaire du New York Times et un ancien photographe de guerre se lancent dans une enquête pour découvrir l’identité de la jeune femme tombée sur les rails et les circonstances réelles de sa mort.

Sarah, chanteuse de jazz, vient d’avoir 27 ans. Elle et sa sœur cadette Dinah se produisent chaque soir dans un club de Harlem. Un avenir de chanteuses professionnelles se profile devant elles quand « l’accident de personne » brise leur duo… Dinah meurt sur un quai de métro. Et qui est ce pianiste au charme fou dont Sarah tombe folle amoureuse ? Une intrigue romanesque qui se déroule dans le monde du jazz, entre rigueur de l’enquête et liberté de l’improvisation.

L’auteur

Le journaliste Alain Genestar (promo 76) a été directeur de la rédaction du Journal du dimanche et de Paris Match, avant de fonder Polka Magazine, consacré à la photographie. Avant La Femme au manteau de loutre, il a notamment publié Pour Mémoire, en 2018, récit d’une visite d’Auschwitz en compagnie de Simone Weil.

La Femme au manteau de loutre, Alain Genestar (promo 76), Éditions Grasset, 288 p., 22€.


Abdallah superstar

Après le décès de son père, l’autrice Iman Ahmed retrouve son compte YouTube, par lequel elle apprend le destin extraordinaire de ce dernier. Qui était vraiment cet homme discret, dont la fin de vie fut difficile après avoir été rapatrié de Djibouti à Poitiers suite à un accident cérébral ?

L’autrice découvre qu’il était, dans les années 90, la superstar d’un mythique groupe de pop djiboutienne, Dinkara. Son père, devenu muet après son accident, a laissé derrière lui des images d’archives que sa fille va tenter de reconstruire pour retracer sa folle épopée. Personne n’avait menti sur cette histoire : le passé s’était simplement recouvert… Il a donc fallu à Iman Ahmed oser se replonger dans la vie de son père, devenue silencieuse, car amputée d’une partie d’elle-même. Abdallah superstar est un roman à la frontière entre le conte et l’enquête documentaire.

L’autrice

Iman Ahmed (promo 18) a grandi à Djibouti et à Poitiers. Elle travaille pour l’hebdomadaire Le 1 et pour la revue littéraire L’Allume-Feu. Abdallah superstar est son premier roman.

Abdallah superstar, Iman Ahmed (promo 18), Actes Sud, 160 p., 16€.


Ceux qui nous frappent

La championne de boxe Sara Messina se suicide en se jetant dans les eaux de la Vilaine. Son ex-compagnon, Charles Levain, affirme qu’elle était dépressive. Mais dans la salle 403 du tribunal de Rennes, il est appelé à comparaître pour harcèlement moral sur conjointe ayant mené au suicide. Dans ce lieu clos, comme figé dans le temps, des regards multiples se mêlent en un mouvement permanent : la mère de Sara la pleure, ses amies la défendent, son entraîneur la rattache à la boxe, Charles prétend avoir tenté de la sauver. 

La victime est centrale mais semble échapper à tous, chacun l’enfermant dans sa propre explication. Ce roman fictif travaille une idée qui apparaît comme une évidence : le geste du suicide appartient à celui qui le commet. Alors comment prouver que Charles, fragile et dépassé par la douleur, aurait poussé Sara à se suicider ? « Si tu n’es pas à l’appart ce soir, je préfère encore que tu sois morte », a-t-il écrit par message le matin de la mort de sa compagne. Championne de boxe, sa force physique devient l’un des pièges du regard social : comment pourrait-elle être vulnérable ?

L’autrice

Anaïs Llobet (promo 11) est journaliste et écrivaine. Ses activités l’ont menée notamment aux Philippines, où elle couvre en 2013 le typhon Haiyan qui ravage le pays, et à Moscou, où elle travaille sur l’actualité russe et la campagne contre les homosexuels en Tchétchénie. Depuis 2018, elle vit à Nicosie et traite de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord pour l’AFP.

Ceux qui nous frappent, Anaïs Llobet (promo 11), Éditions Les Léonides, 384 p., 21.90€.


Croire au code

Dans son premier roman, Sarah Tadlaoui dresse le portrait d’une narratrice à l’intelligence redoutable, issue d’un milieu populaire et docteure en intelligence artificielle. Elle s’est battue toute sa vie pour prouver sa valeur jusqu’au jour où, enfin, elle obtient le job de ses rêves dans une belle tour de verre. Mais à mesure que les semaines passent, ses collègues, dont une majorité d’hommes, font plus de bruit, prennent plus de place, savent imposer leurs idées.

Forcée d’intégrer une autre équipe, loin du domaine pour lequel elle a été embauchée, elle ne dort plus, travaille le week-end, sacrifie sa vie personnelle. Notre système social, comme des lignes de code, pourrait-il contenir des bugs ? Elle qui croyait à la méritocratie se heurtera finalement aux données de diversité, comme si sa présence dans l’entreprise ne faisait que répondre à un quota imposé.

Et s’il n’était pas question de son talent mais de ses origines sociales, de son genre… Et si son ascension sociale n’était qu’un mythe ?

L’autrice

Franco-marocaine, Sarah Tadlaoui (promo 09) est diplômée de Sciences Po et de l’université de Columbia. Après avoir rejoint une mission humanitaire de l’ONU en Colombie, elle travaille pendant dix ans dans la Silicon Valley, notamment au sein de l’unité d’intelligence artificielle de Google.

Croire au code, Sarah Tadlaoui (promo 09), Éditions Héloïse d’Ormesson, 304 p., 20€.


Le roman du palais Bourbon : Trois siècles de vie politique

Le palais Bourbon fut témoin des événements marquants de l’histoire de France : coups d’État pendant le Directoire, révolutions de 1830 et 1848, avènement de la IIe puis IIIe République, guerre de 1914-1918, reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale, ou encore mise en place de la Ve République. Ses murs, qui ont notamment vu le peuple en révolte en 1848, ont été engloutis par la Seine en 1910, sont tombés aux mains du Troisième Reich en 1940, et ont été incendiés en 1961… retiennent aussi le nom de personnages clés, alors que l’Assemblée nationale y siège depuis 1798. Pour la première fois, son histoire est racontée dans sa globalité par Emmanuel Maury, fin connaisseur des coulisses de ce haut lieu de la République.

L’auteur

Emmanuel Maury (promo 93) est historien et écrivain. Administrateur puis conseiller à l’Assemblée nationale dès 1991, il dirige la Bibliothèque du palais Bourbon de 2015 à 2018. En 2022, il est nommé juge à la Cour nationale du droit d’asile.

Le roman du palais Bourbon : Trois siècles de vie politique, Emmanuel Maury (promo 93), Perrin, 484 p., 25€.


La Méthode

David Djaïz s’attaque, dans ce roman, à un point méconnu de l’histoire : la décanisation voulue par le régime des Jeunes-Turcs à Constantinople au début du XXe siècle.

Paul Remlinger, scientifique au sein de l’équipe de Louis Pasteur à Paris, travaille sur le vaccin antirabique. Solitaire, discret et considéré par les autres comme un simple laborantin, il peine à se faire une place parmi ses collègues. En 1901, il saisit l’occasion de rejoindre Constantinople pour y diriger l’institut antirabique, une manière d’échapper enfin à leur mépris. Sur place, le nouveau régime des Jeunes-Turcs lui soumet une proposition inattendue : mettre au point une méthode pour décaniser la ville, c’est-à-dire, exterminer les 100 000 chiens errants qui peuplent ses rues. Remlinger, en dépit de ses réserves éthiques, y voit une occasion inespérée de contribuer à la recherche médicale et au progrès. 

Mais que dit ce projet d’extermination animale de ce dont l’homme sera capable, un jour, contre ses semblables ? David Djaïz retrace la vie de ce scientifique qui a bel et bien existé ainsi que son rôle dans la décision bureaucratique précédant l’éradication de juin 1910 : 30 à 80 000 chiens errants furent raflés dans les rues de Constantinople, puis abandonnés sur l’île déserte de Sivriada où ils moururent de faim et de soif.

L’auteur 

David Djaïz (promo 14) est l’auteur de quatre essais aux éditions Allary. Inspecteur des finances, il est nommé, en 2022, rapporteur général du Conseil national de la refondation et intègre le cabinet de l’Élysée jusqu’en 2023. Depuis 2024, il dirige le cabinet de conseil Ascend Partners.

La méthode, David Djaïz (promo 14), Stock, 264 p., 20.50€.


KOMOREBI

En 1945, l’Asie du Sud Est tremble sous l’occupation japonaise mais le jardin botanique de Singapour jouit, lui, de la protection de l’Empereur Hirohito. C’est là que Keith et Mikio, botanistes britannique et nippon, se lient d’amitié sous le regard d’un écureuil. Quarante ans plus tard, Mikio est photographe à Paris. Il rencontre Louise, qu’il initie aux mystères de la nature, du Parc Monceau aux jardins du musée Albert Kahn. En 2022, Rose, la fille de Louise, part à Singapour sur les traces de Mikio, guidée par sa prophétie : « C’est l’écureuil qui détient le secret. Quand le bouddha de jade se brisera, alors l’enfant saura. ». Dans ce roman aux allures de conte poétique, Marie-Diane Meissirel nous invite à contempler la nature à travers ses photographies délicates, intimement mêlées au texte.

L’autrice

Marie-Diane Meissirel (promo 00) est une romancière franco-américaine. KOMOREBI est son quatrième roman, le premier publié aux Éditions Aoyama, qui ambitionne de donner la voix à des Français ayant vécu à l’étranger sous la forme d’ouvrages singuliers – une maison fondée par Alice Miquel (promo 00).

KOMOREBI, Marie-Diane Meissirel (promo 00), Aoyama Éditions, 136 p., 24€.


Les essais


Les Faucons russes

Dans ce livre, Juliette Faure explore la relation complexe entre idéologie et politique, de la fin de l’URSS à la Russie contemporaine. En dépit de l’interdiction d’une idéologie d’État inscrite dans la Constitution russe, les « faucons russes » ont survécu au changement de régime de 1991 et se sont imposés comme les principaux idéologues de l’opposition entre la Russie et l’Occident. Ce réseau d’élites nationalistes prône une politique impériale, expansionniste et une confrontation directe. Le terme de « faucon » existe en opposition à la « colombe », qui privilégie la diplomatie. 

En s’éloignant des analyses classiques centrées sur Vladimir Poutine, Juliette Faure nous éclaire sur le rôle des élites et révèle l’espace concurrentiel de production d’idées qui existe toujours, même sous un régime autoritaire. De la fin de l’URSS à aujourd’hui, cet ouvrage regroupe archives et enquêtes de terrain fondées sur des entretiens et observations ethnographiques. 

L’autrice

Juliette Faure (promo 15) est docteure en science politique de Sciences Po. Sa thèse étudiait la construction socio-intellectuelle et la carrière politique du conservatisme modernisateur, de l’Union soviétique à la Russie contemporaine. Elle a notamment été chercheuse invitée au Davis Center for Russian and Eurasian Studies de Harvard University.

Les faucons russes, Juliette Faure (promo 15), PUF, 400 p., 25€.


États-Unis : le vote confisqué. 1776-2026

Alors que les élections états-uniennes de mi-mandat se profilent pour le mois de novembre 2026, le nouvel ouvrage de Ludivine Gilli, à l’angle à la fois historique et contemporain, met en lumière les enjeux autour du droit de vote, pilier de toute démocratie… et champ de bataille de la vie politique états-unienne.

Pour mieux comprendre la stratégie des Républicains depuis près de soixante ans visant à limiter l’accès au suffrage de leurs opposants, l’autrice remonte à la Déclaration d’indépendance de 1776. Si elle proclame l’égalité des hommes, elle exclut simultanément les pauvres, les minorités et les femmes du droit de vote – selon les mots de l’autrice – qui mèneront un combat pour finalement se le voir accorder par l’adoption de la Voting Rights Act en 1965. Mais quelles sont les nouvelles formes d’empêchement électoral ?

L’autrice

Ludivine Gilli (promo 05) est docteure en histoire urbaine. Spécialiste des États-Unis, elle est directrice de l’observatoire Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès. Son premier ouvrage, publié en 2022, La révolution conservatrice aux États-Unis, portait particulièrement sur la question de l’avortement.

États-Unis : le vote confisqué. 1776-2026, Ludivine Gilli (promo 05), Éditions de l’Aube, 88 p., 8€.


Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite

Peut-on faire le lit de l’extrême droite sans forcément être d’extrême droite ? Dans cet essai, Sylvain Bourmeau interroge, à quelques mois de l’élection présidentielle, la manière dont des thèmes longtemps associés à la droite radicale ont fini par infuser jusque dans les discours centristes et de gauche. 

L'enquête part d'un constat : des chercheurs proches de la droite radicale voient leurs textes académiques circuler entre États-Unis, Italie et France car publiés au même titre que des contributions de dirigeants, de diplomates ou de conseillers issus des démocraties européennes. Ce phénomène, combiné à certains biais journalistiques tels que la course au fait nouveau et l'attrait pour la polémique, est mobilisé par l'auteur pour montrer qu’à mesure que l'élection approche, l'extrême droite finit par s'installer dans le paysage comme un choix électoral banalisé. 

Peut-on servir une cause qu’on récuse ? C’est la question que pose l’ouvrage en donnant des exemples provenant de plusieurs médias, notamment Le Monde et Le Grand Continent, qui, sans partager les idées de l’extrême droite contribuent par leurs choix éditoriaux à la rendre plus médiatisée, plus normalisée.

Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite a reçu un accueil mitigé dans les médias. Libération souligne notamment un ton « un brin excessif et donneur de leçon ».

L’auteur

Journaliste, Sylvain Bourmeau (promo 87) dirige aujourd'hui le quotidien en ligne AOC, produit « La Suite dans les Idées » sur France Culture et enseigne comme professeur associé à l'École de science politique de la Sorbonne. Il a auparavant occupé les fonctions de directeur adjoint de la rédaction aux Inrockuptibles puis à Libération, contribué à la fondation de Mediapart et réalisé des documentaires pour France Télévisions.

Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite, Sylvain Bourmeau (promo 87), Éditions La Découverte, 192 p., 15€.


Pour que nos enfants vivent mieux que nous

Pour la première fois depuis 1945, les jeunes Français ne vivent pas mieux que leurs parents. Depuis 25 ans, les prix immobiliers ont augmenté presque deux fois plus vite que les salaires. Sur le plan éducatif, scientifique et économique, la France recule dans les classements internationaux. Or l’essentiel des dépenses supplémentaires engagées depuis 50 ans a servi à financer le système de retraite. 

À l’approche de l’élection présidentielle, Antoine Foucher reproche aux responsables politiques de privilégier des explications désignant certains groupes comme responsables des difficultés françaises plutôt que d’assumer une responsabilité collective. Sa proposition : rééquilibrer l’effort en réduisant la part consacrée aux dépenses héritées du passé pour investir davantage dans les générations futures.

L’auteur

Spécialiste des questions sociales, Antoine Foucher (promo 05) a été directeur de cabinet de la ministre du travail de 2017 à 2020 et dirige aujourd’hui le cabinet Quintet.

Pour que nos enfants vivent mieux que nous, Antoine Foucher (promo 05), Éditions de l’Aube, 144 p., 18€.


La part algérienne de la France

Karim Amellal refuse que l’Algérie soit réduite à un simple héritage du passé colonial ou à sa relation diplomatique avec la France. 

En traitant notamment les sujets de l’immigration, de l’identité, de la mémoire et de la relation franco-algérienne, il défait sept idées reçues au fil de sept chapitres pour que l’histoire algérienne, qui traverse familles, cultures et imaginaires, ne soit pas limitée à une réalité extérieure en France. Parmi ces enjeux, il y a le poids de la perte de l’Algérie française, que l’auteur étudie comme l’une des matrices historiques des discours identitaires et populistes de la droite et de l’extrême-droite françaises.

Alors que ce dossier ressurgit dans le débat public à quelques mois de l’élection présidentielle, Karim Amellal dresse un état des lieux, en rappelant que huit à neuf millions de personnes en France ont « un lien direct, charnel, familial avec ce pays ».

L’auteur

Écrivain franco-algérien, Karim Amellal (promo 00) a enseigné à Sciences Po, fondé une organisation citoyenne pour lutter contre l’extrémisme et les discours de haine, puis été nommé ambassadeur, délégué interministériel à la Méditerranée en 2020. Depuis 2025, il est consultant sur des projets mis en œuvre en Méditerranée et au Moyen-Orient.

La part algérienne de la France, Karim Amellal (promo 00), Éditions de l’Aube, 224 p., 20€.



Les pirates du savoir : dans les coulisses des shadow libraries

Les pirates du savoir : dans les coulisses des shadow libraries